
| Les Bénitiers | Romance Philosophique Climat |
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Dans le Pacifique.
Il se retrouva soudainement entre Ciel et Mer, là où la jonction entre les deux éléments est inexistante, là où le tout observable est unique en termes de couleur, là où les sens trouvent une désorientation irréelle, extraterrestre.
Alors qu'il randonnait dans cet infini maritime où seules quelques ondulations au niveau des genoux sur des kilomètres permettaient encore de garder un quelconque repère terrestre, il tenta de s'orienter.
Il se retourna.
Où est la plage ?
Où est la côte ?
On ne peut pas dire qu'il y avait du brouillard, mais la lumière était particulière, rendant des observations à quelques dizaines de mètres imprécises.
Il se sentit perdu.
Rien à l'horizon.
Si, un point.
Ce doit être de là d'où je suis venu, se dit-il.
Le Temps dans cette immersion avait également perdu tout de son sens, comme fondu dans les trois dimensions réduites pour l'occasion.
Le ciel, La Mer, le Temps ne faisaient plus qu'un.
Il se sentit partir autre part avant de rejoindre la rive.
Où ? Il ne saurait le dire.
Un instant unique où le corps semble s'abstraire de sa condition au profit de l'esprit, où les pertes de repères sensoriels habituels modifient l'appréhension du temps écoulé.
Il occulta ainsi les quelques centaines de mètres parcourus pour redécouvrir soudainement la côte, à sa grande surprise, une bande de sable quelque peu abrupte, qu'il reconnut avec soulagement.
Les bénitiers, ces mollusques bivalves de grande taille, de ceux que l'on peut trouver dans les églises, lui ayant souhaité bon voyage à l'aller, étaient toujours là pour le rassurer, vivants, majestueux, colorés, mystiques également et probablement en raison de leurs origines aussi lointaines que notre espèce.
Il ne lui parut plus qu'ils lui parlaient, qu'ils le bénissaient, aussi traça-t-il son chemin, pudique, reconnaissant de cette expérience.
Quelques minutes plus tard, il croisa sur son chemin une femme d'une beauté incommensurable, de celles qu'il est improbable de rencontrer même dans une vie.
La beauté, dans une perfection irréelle.
Une nouvelle intrigue à cet épisode de vie déjà sans précédent et si l'on devait prendre pour référence "La Naissance de Vénus" de Boticelli.
Que faisait-elle là ? Comment tout cela était-il possible ? Sortait-elle des bénitiers ?
Il ne l'approcha pas, car encore dans son expérience, ils échangèrent ceci dit un sourire.
Quand il se souvient des bénitiers, il ne ressent pas d'interrogations quant à leur nature.
Ils sont.
Il a eu la chance de pouvoir les rencontrer.
Il sait sans pouvoir totalement le définir qui ils sont.
Une espèce chargée d'Histoire.
Une espèce à part, peut-être à l'instar des Nautilus encore plus anciens qu'eux, empreints de mystères, de pureté, d'amour, de partage gigogne, et d'invitation à venir les revoir.
Il ressent une affection à leur égard.
Ils semblent tout offrir sans rien attendre en retour, la Nature dans sa puissance la plus profonde, les portes de leur monde, tout en espérant que nous pensions à eux, et par voie de conséquence à nous.
Quant à cette femme légendaire, qui l'obséda également, qui était-elle ?
Surtout, d'où pouvait-elle venir ?
Pour certains, les bénitiers seraient des SAS permettant l'accès à des mondes gigognes, à des mondes donc emboités, potentiellement identiques.
Ils irradieraient de leur aura et de leur pouvoir une zone.
Provenait-elle de la mer comme dans le tableau de Boticelli ?
Probablement pas, mais l'idée faisait plus que le faire rêver.
Et si ?
Car lui eut ce doute le concernant d'un passage vers un autre part.
Le Paradis pour certains.
L'Enfer pour d'autres.
Le ressenti d'un voyage dans le Pacifique est hétérogène selon les individus, se dit-il là-bas.
Certains s'y sentiront à leur aise, d'autres moins.
Une chose est sûre : les perceptions sont globalement altérées.
Notre homme observa par la suite par exemple une plage des plus particulières : pentue sur un axe x atypique.
L'était-elle vraiment ?
Oui, mais.
Il s'agit toujours de oui, mais.
L'incroyable est observable là-bas, la nature y est si puissante, si atypique pour une majorité d'entre-nous, que le cerveau peut disjoncter devant tant de nouveaux référentiels.