
| Drakamire | Fiction Comédie Noir Voyage dans l’Espace-Temps |
|---|
Dans un lieu inconnu - Date indéterminée
Il y a très longtemps, sur Terre.
Un être ailé à forme humaine vole en direction d'un épais nuage de brouillard.
Ses battements d'ailes sont amples, lents, gracieux, assurés. Sa vision est perçante, tel un aigle. Il vole pendant quelques minutes afin de rejoindre une pyramide, surmontée d'un œil, un édifice surréaliste, non comparable à nos pyramides égyptiennes du fait de sa hauteur, colossale.
Au sommet embrumé de cette construction hors-norme, beaucoup plus ancienne que nos constructions pharaoniques actuelles, se trouvent certains de ses semblables qu'il doit rejoindre, ces derniers, comme à leur habitude, sont en train de tournoyer dans un ballet incessant.
À peine arrivé, il rejoint un sous-groupe qui semble tenir en otage l'un des leurs.
— Tu es prêt ? lui lance l'ange.
— Oui.
— Je t'y accompagne.
— …
Les deux anges partent en direction de la base de la pyramide, traversent un lieu où des chiens, des sentinelles semblent monter la garde, puis disparaissent et réapparaissent sur Terre.
Le lieu est difficile à déterminer. Il semble n’être nulle part et pourtant bel et bien sur Terre.
L'ange accompagnateur est rapide en besogne. À peine la surface terrestre atteinte, il repart immédiatement, laissant place à une cacophonie.
— Nous te laissons. Tu es le déchu. Cela nous attriste. Ne nous en veux pas. Tu as commis une faute de jugement sur cette femme, tu as confondu le Mal avec le Bien, tu vivras désormais sur Terre. Puisses-tu quand même y trouver la paix.
En Europe, au Moyen-Âge
Un moine est à son pupitre en train d'écrire et d'enluminer un manuscrit interdit.
Il révèle une vérité qu'il se doit de relater, pour action par l'Inquisition.
Dans ce manuscrit, il est question d'un traité sur l'animalité de l'homme, du Monde et des risques que représentent les Esprits Morts, ces êtres humains qui pour une raison inconnue, ont développé des facultés mentales différentes, une intelligence supérieure, des troubles mentaux pour certains.
« Les Esprits Morts ont capacité à appréhender la vérité sur la vraie nature de l'être humain et plus généralement, du monde qui nous entoure. Durant la purge, période durant laquelle le Bien les retrouve et les guérit généralement de leur mal cérébral, ils ont la faculté de voir démons ou autres créatures divines extraits de leurs corps et matérialisés pour l'occasion; les risques sont importants, nul ne sait ce qui pourrait se produire si l'un d'entre eux avait l'audace de pactiser directement avec l'un de ces êtres surnaturels; aussi, les Esprits Morts non seulement fragilisent leurs semblables avant leur purge, car n'oublions pas que grandes catastrophes surviennent bizarrement durant cette période, mais également durant et après ; les Esprits Morts pourraient après leurs purges mettre en péril les notions contées de paradis, purgatoire puisqu'en ayant été les témoins sur Terre. Ils pourraient attester avoir été les témoins de ce qui ne peut pas être, de ce qui ne doit pas être, de ce qui ne doit plus être. Le danger est important. Les portes de l'autre monde pourraient être rouvertes.
Aussi, cette menace doit être éradiquée à jamais.
Brulez tous les Esprits Morts, prévenez de toute purge, ils sont à considérer comme hérétiques, sorcières, sorciers et autres erreurs de la nature.»
De nos jours - New York
Au sommet d'un gratte-ciel, un homme important en train de pianoter sur son ordinateur. Son bureau se trouve dans le quartier financier, là où les affaires vont bon train. Il fait partie de ces privilégiés, de ces hommes qui font rarement la une de Forbes, mais qui pour autant ont des salaires à faire pâlir le monde, secteur des fonds de pension aidant.
Il semble agacé, perturbé. Il sort instable de son bureau par intermittence, ouvre la porte, puis la referme et se remet à pianoter. Il sent une présence dans son environnement, d'où son état. En ce moment même, il est en train d'attraper une boîte de pilules sur son bureau, en ingurgite une puis décroche son téléphone pour assassiner son assistante.
Il tient une dizaine de minutes comme cela, il finit par attraper sa veste pour partir de son bureau, il emprunte l'ascenseur et quitte le gratte-ciel.
Il se trouve maintenant dans la rue, il croise des gens qui lui semblent anormaux. Il devient rapidement paranoïaque, ces derniers selon lui le regardent fixement. Il faut dire qu'effectivement les personnes qu'il croise semblent sortir d'un mauvais film. Un nain bossu par exemple le dévisage et l'analyse au détour d'un passage piéton. L'échange de regards ne dure que quelques secondes et pour autant le moment lui semble interminable, comme si le nain le jaugeait. Il se met alors à songer qu'il s'agit peut-être d'un monstre, d'une créature divine. Il se dit qu'il s'agit alors, s'il a raison, d'une forme de Bien non menaçante.
Quelques minutes plus tard, alors qu'il arrive à proximité de son véhicule, une femme, grunge, d'un aspect physique inquiétant, menaçant, tenant en laisse deux chiens, deux bergers allemands très effilés au pelage noir, attire son regard. Elle est perturbante même si elle ne le regarde pas et ne lui prête pas attention. Elle est gênante et attirante.
Il stoppe sa marche, la regarde, obsédé, entend klaxonner, tourne la tête, trop tard, il vient de se faire faucher par un poids lourd. Il décède à l'âge de 41 ans.
Revenons sur cet événement.
L'homme était un Esprit Mort, c'est-à-dire un être humain déconnecté de l'Entité Centrale pour une raison inconnue. Déconnectées, les jauges morales des Esprits Morts ne peuvent plus être lues par l'Entité Centrale et sont mises à mal durant cette période de no man's land. Il devient impossible également pour l'Entité Centrale de pouvoir les localiser. Seuls des Observateurs à proximité le peuvent. Quand un Observateur les repère, le processus de purge est alors immédiatement engagé si l'Esprit Mort n'a pas été au préalable racheté, voire confié aux Démons.
Le nain était un Observateur-Ange, spontanément créé, propulsé dans notre monde. Il avait effectivement pour mission d'approcher et de déterminer l'orientation morale initiale de l'homme, de l'Esprit Mort repéré. À noter que seuls les Esprits Morts peuvent remarquer un Observateur. Un être humain normal a capacité à les voir, mais ne les remarque pas.
La femme quant à elle était un Observateur-Démon, présente pour révéler les tentations les plus obscures de l'Esprit Mort mais aussi, si possible, pour fausser le jugement final. Elle ne tenait en revanche aucun chien en laisse du point de vue d'autres potentiels Observateurs, l'Esprit Mort les ayant matérialisés, une compensation de matière était requise, elle fut d'ailleurs immédiatement validée par l'Entité Centrale. Notre homme, l'Esprit Mort, suicidaire, s'est senti paradoxalement mieux à sa vue, ce qui permit à l'Observateur-Démon de s'immiscer insidieusement et directement dans son esprit.
Le jugement appuyé par de faux éléments initiaux de la vie de l'individu fut immédiat : les Démons pouvaient en disposer.
Chose plutôt rare, les Anges ayant généralement la possibilité de ramener un Esprit Mort dans l'Entité Centrale une fois repéré, puisque la majorité des Esprits Morts n'étant pas responsables initialement de leur état.
L'opération n'a duré qu'une demi-heure.
Les Anges dans le cas présent ont perdu : ils ont été victimes d'une duperie, n'ont pas pu récupérer l'Esprit Mort et obtenir validation pour engager le processus de purge.
Les Démons quant à eux ont somme toute peu hésité à la suite de la décision ; ils ont immédiatement conclu que la mort de l'Homme était préférable vu que sa future défunte allait mener une vie de débauche grâce à l'héritage perçu avec son amant sans morale, vie de débauche incomparable à ce que l'homme n’aurait jamais pu offrir. Le tout finissant qui plus est dans un bain de sang : l'amant, un soir, tuant par jalousie la riche héritière et son fils à coups de couteau après les avoir surpris au lit et se retrouvant lui-même à cette issue, en prison, maltraiter sexuellement par d'autres prisonniers. L'un de ces prisonniers allait en outre à sa sortie, perpétrer de nombreux viols collectifs et des meurtres grâce à cette première expérience réussie.
De nos jours - Lille - Dans un bar
Une femme est en train de prendre l'apéritif dans un bar avec son copain.
En pleine discussion, elle se fige, ne dit plus un mot, regarde le plafond, comme à l'écoute.
L'homme venait de prononcer "Le diable" dans un contexte tout à fait normal.
« Qu'est-ce que tu as ? Allô ? Ça va ? », lance l'homme en bougeant sa main devant son visage.
La femme ne répond toujours pas, comme hypnotisée par une force invisible.
Les dix secondes semblent interminables pour l'homme.
La femme finit par se reprendre dans une phrase inintelligible.
— C'est Drakamire.
— Hein ?
— Oui ça va, répond la femme hébétée.
— Qu'est-ce que tu as ?
— Rien… il me l'a dit.
— Qui ?
— Il m'a tout dit, il m'a montré mon avenir... Je l'ai vu dans ses yeux... Je sais tout. Il m'a dit qu'un homme méchant allait venir dans ma vie... c'est toi !!
— Hein ?
— Elle m'avait dit que tu étais méchant.
La femme, un top model, devient soudainement vulgaire, elle commence à taper un scandale à son copain. Perverse narcissique, elle tente maintenant de le fragiliser psychologiquement au travers d'un étalage de griefs absurdes liés à leur couple.
Au bout de quelques minutes, elle se calme, redevient mielleuse et argue qu'elle mérite un homme raffiné.
À quelques mètres d'eux, un Paladin les observe. Les Paladins ont pour mission d'identifier les possessions, les actions de démons sur Terre. Ce sont des êtres humains choisis par l'Entité Centrale. À l'instar de policiers, ils sont rarement présents lors du déroulement de méfaits, de purges ou autres événements, et arrivent malheureusement souvent à postériori. En revanche, ils finissent toujours par retrouver un démon recherché.
En écoutant la femme, il a un doute : conditionnée ou possédée ? Un Esprit Mort ?
Il l'envisage, l'analyse pendant de nombreuses minutes, conclut à un Inverseur et s'en va.
La femme est effectivement un Inverseur, une sous-classe des Régulateurs. Orientés et fascinés par la connaissance, la mort, les Inverseurs sont des êtres humains à la solde de l'Entité Centrale.
Ils ont plusieurs utilités.
Dans un premier temps, ils peuvent être la boussole, le repère à suivre pour les désorientés et plus largement pour la majorité de la population. Partie intégrante des défenseurs, des policiers de la stabilité de nos sociétés, les Régulateurs, ils constituent une élite du fait des méthodes psychologiques qu'ils emploient. Leur credo : la soumission de l'homme, la privation de ses envies personnelles pour l'accession du plus grand nombre au bonheur, ils prônent également le respect des règles de la société, le travail et plus largement le fait que tout être humain doit avoir un rôle bien établi. Prisés donc par l'Entité Centrale en raison de l'équilibre global et la paix qu'ils offrent au monde. D'autre part, ils ont une caractéristique très recherchée : ils ont l'aptitude à pouvoir détruire le Mal rencontré en le transformant en sexe, qu'ils consomment alors immédiatement à titre personnel à des fins de prévention de matérialisation. Aussi sont-ils également fascinés par le Mal et l'occulte.
De nos jours - Lille - Dans un bar - Quelques minutes plus tard
Drakamire, la fille d'un démon notoire, est présente, en sommeil, dans le cerveau de la femme Inverseur. Cette dernière a effectivement réussi à la capturer. Le Paladin l'a détecté, mais il ne peut marcher sur les plats de bande de l'Inverseur. Ainsi l'exige l'Entité Centrale. Si un Inverseur réussit à capturer un démon, aucun Paladin ne doit interférer dans son traitement. En revanche, ce que vient de ressentir le Paladin va bien au-delà de cette règle basique et le tout est bien réel. Il s'agit de Hauts Démons. Les Hauts Démons sont des démons des origines. Ils n’apparaissent par chance qu'une fois par millénaire. L'Inverseur, nonchalante et insouciante, vient de lui passer une commande sexuelle de choix. Elle n'a plus qu'à attendre.
Le calme va être de courte durée, Drakamire a rapidement trouvé la dizaine d'hommes demandée.
Elle n'a pas encore réussi à la tuer, son inconscient se demande d'ailleurs pourquoi, lors du prochain acte sexuel, elle s'y évertuera de nouveau, du moins tentera-t-elle de négocier avec elle sa mise en sommeil prolongé, grâce à l'acte sexuel payé, monnaie d'échange et de négociation non négligeable. Drakamire a cela dit tout pouvoir du fait de son statut, ce que ne sait pas encore l'Inverseur. Elle est la fille du plus Haut Démon connu, son pouvoir et ses ressources sont quasi-illimités.
La Top Model recrée un scandale pour se libérer de son copain et aller effectuer sa tâche.
Le Paladin, sur le point de quitter le bar, se fige face à la porte d'entrée, main sur la poignée. Il vient de ressentir la présence imminente de deux Hauts Démons, il ouvre calmement son long manteau, en sort deux disques circulaires, deux armes semblerait-il, moyenâgeuses, mais dotées en réalité d'une technologie avancée, se retourne, voit un homme et une femme, sortis de nulle part, le fixer menaçant.
La Top Model et son copain, quant à eux, semblent apaisés, la femme ayant cessé ses scandales et l'embrassant tendrement, remettant sur le coup de la fatigue ses états de nervosité.
Le Paladin tente de garder son calme.
Les deux Hauts Démons se sont matérialisés.
L'Inverseur ne l'a pas encore noté, elle n'a pas pu de toute évidence canaliser Drakamire, la "consommer", une purge express a dû être réalisée pour une raison inconnue, fait assez rare quand des Inverseurs sont impliqués.
Les matérialisations sont somme toute et paradoxalement anodines, les Esprits Morts ne s'en rendant pas compte, les démons matérialisés étant rarement remarqués par leurs anciens hôtes, les anciens hôtes quant à eux étant rarement également remarqués par les démons.
La présence du Paladin vient interférer dans cette logique de dissociation du Bien et du Mal.
Revenons rapidement sur les Hauts Démons.
L'homme est plutôt de petite taille, assez maigre, un regard malicieux et malfaisant.
Il est habillé de manière quelconque, bas de survêtement, teeshirt.
La femme, quant à elle, très sexy, est plutôt grande, plus d'un mètre quatre-vingts, vulgaire, un corps splendide, mais un visage pestilentiel.
Ils semblent physiquement être les inverses du couple.
Ils ne se parlent pas, s'observent et semblent pourtant se comprendre.
Le Paladin sent immédiatement une perturbation, un étouffement, une privation de liberté, il en déduit assez rapidement qu'il s'agit bien de Hauts Démons, commandant une horde de démons mineurs, prêts à intervenir.
Il décide d'agir.
Ses disques futuristes lui échappent malheureusement instantanément des mains pour se retrouver plaqués contre un mur, comme captés par un champ électromagnétique.
— Ne touche pas à ma fille, elle est prise !! lance d'une voix caverneuse et insidieuse l'homme, ayant anticipé toute action du Paladin.
— Le déchu !?
— Comment oses-tu t'adresser à moi de cette manière !? Insecte rampant !
Sa "fille" attrape un couteau sur la table, disparaît et refait son apparition derrière lui, comme transportée par une téléportation. Ce dernier, surpris, n'a pas le temps d'éviter la lame tranchante qui lui sectionne sèchement la carotide. Le Paladin s'écroule par terre, gisant dans son sang, avant de s'évanouir et mourir.
— Absit Omen !! lance le Haut Démon au Paladin, ayant rejoint sa compagne de fortune.
— ....
— Quoi ? Relance le Haut Démon surjouant, tendant l'oreille, faisant mine d'écouter une réponse improbable. Il n'a pas compris ? Il ne parle pas latin ? relance-t-il à destination de Drakamire. Que cela ne soit pas un outrage, une injure ! N'appelle pas le Mal !!
Les railleries des deux Hauts Démons, encore légèrement désorientés par leur matérialisation, font place à des hurlements de terreur dans le bar.
Ces derniers prennent congé dans une pantomime.
Dans un lieu inconnu - Date indéterminée
Remue-ménage au sein de l'Entité Centrale.
Il faut dire que la jauge morale moyenne établie de manière quasi-statistique, établissant les notions de Bien et de Mal, a été profondément mise à mal durant deux millénaires.
De surcroît, certaines régressions, certains bugs sont de plus en plus fréquents, au sein des diverses strates de la population et sur une période de temps donnée, chose nouvelle.
Le Bien systématiquement propulsé par certains amène le Mal pour une majorité, le tout semblant osciller de manière variable, au gré du vent, des intérêts de certains et via des conflits de pouvoir.
Recrudescence du Bien amenant le Mal, tel est le sujet de discorde actuel.
Il faut dire que le sujet a matière à être discuté par l'Entité Centrale.
Le Monde parallèle qu'elle représente est en profonde et constante mutation, à un tel niveau, que ce monde en devient invivable, étant calqué sur notre monde et nos valeurs.
Autre point inquiétant en train d'être débattu : la recrudescence du nombre de Visiteurs.
Les Visiteurs sont des êtres humains bravant les lois physiques et temporelles fixés par l'Entité Centrale. Quand ils opèrent, ils sont confondus avec les Observateurs.
Rome - Au même moment
Drakamire et le Haut Démon sont à proximité d'une église.
Leur attitude est beaucoup plus grave, beaucoup plus sérieuse.
— Tu es certaine que c'est dans le coin ?
— Oui je le ressens.
Ils cherchent un musée, des œuvres d'art, des informations précises présentes dans ces œuvres.
— J'ai besoin de l'information.
Le Haut Démon se met à scanner l'environnement. Milles personnes à proximité perdent pendant quelques secondes le sens de la vue et leur intellect. Après leurs possessions, ils se jettent sur des personnes à proximité, les agressent ivres, haineux.
— C'est bon, j'ai l'information.
Drakamire acquiesce.
Nos deux protagonistes se transforment en rats et s'échappent dans une bouche d'égout pour rejoindre un réseau d'évacuation sous-terrain.
Dans une voiture
Un homme, dans une voiture à l'arrêt, sent son cerveau se réinitialiser, mis à jour, alors qu’un flux pénètre dans son réseau synaptique.
Il se touche la nuque machinalement alors que sa femme l'interpelle.
— Tu m'écoutes ? Allo !?
— Oui.
— Alors ?
— On peut y aller oui.
— Bah voilà ! Je t'ai vu hein !
— Quoi ? ...
— Je t'ai vu faire cette mine.
L'homme est maintenant un visiteur, du moins son nouveau moi, son moi partagé.
Mais un visiteur un petit peu particulier : il s'agit en effet d'un visiteur originel, non d'un nouveau visiteur issu d'avancées technologiques.
Un visiteur important dont l'origine remonte à quelques millénaires, à une époque où la vie bravait au quotidien la mort, où les plus forts considéraient à la fin de leur vie devoir mener un nouveau combat vers l'immortalité.
L'homme regarde sa femme portant un nouveau regard sur sa personne. Une sensation de déjà-vu. C'est bien elle mais pourtant mais je me souviens d'elle se dit-il intérieurement. Une nubienne !?? Ses traits, ses expressions ... réminiscences probables d'une vie passée conclut-il à moitié convaincu, aveuglé au même moment par les phares teintés d'une voiture.
Paris - 2100
Deux rats évoluant dans une rue fréquentée reprennent apparence humaine sous l'indifférence générale, comme invisibles.
Des rafles en amont de la rue, des sans-papiers climatiques se font interpellés.
Paris de nouveau en pleine guerre civile depuis la récession et les grands flux migratoires de 2050.
— C'est moi ou ils ont tous des gueules d'ahuris ? lance le Haut Démon à Drakamire.
— On y est.
Les yeux du Haut Démon scannent l'environnement.
666 sur le pare-brise d'une voiture autonome, son immatriculation, 1111 sur une autre, une vieille horloge digitale sur la devanture d'une épicerie de nuit : 3h33.
— Exact, rendons visite à cette petite troupe, à nos enfants, invective cynique le Haut Démon.
Nos deux protagonistes pénètrent dans une boite de nuit branchée.
Le videur filtrant les différents arrivants derrière des lentilles connectées acquiesce comme informé de leur venue.
— Cet homme est bien bon, il me rappelle un moine du temps de la peste noire qui avait réjoui mes sens en sodomisant son frère copiste.
Raillerie de Drakamire.
L'atmosphère dans la boite de nuit est particulière.
Le principal lieu de débauche de la ville est à hauteur de sa réputation.
Ambiance sombre, beaucoup de camés numériques, accrocs aux shoots neuronaux, des femmes splendides en bottes cloutées avec des lentilles de couleur, les seins nus, portant un voile sur le visage, des underground vêtus d'imperméables gris de camouflage, des gens très propres sur eux, des cols blancs, en tongs, gilet chemise cravate, pantalon en toile, le tout évoluant tranquillement sous les vibes d'un rap cyberpunk Oriental monitoré par un ADJ, disc-jockey artificiel, pilotant musique et objets connectés de la soirée.
Drakamire fait signe au Haut Démon pointant du regard une femme affalée sur un sofa entourée d'une dizaine d'hommes tandis qu'à proximité, un junkie probablement sous-alimenté, adossé sur un pilier, mange une chenille transmutée, dernier raffinement import Chine en matière de substances hallucinogènes.
Le Haut Démon s'assoie à côté d'elle congédiant au passage l'un des hommes.
Elle semble être en train de prendre son pied discrètement sous réalité augmentée.
— Salut Chérie. Tu m'as manqué, lance le Haut Démon prenant ses aises.
— On se connait ? répond froidement la femme.
— Oui je t'ai vu bien baisée mais c'était il y a longtemps.
La femme esquisse un sourire.
— Ah ... c'est pas mal ici ! Toi, dégage, fais place à ma fille ! lance-t-il alors à destination d'un autre homme.
La femme hoche de la tête en signe d'acquiescement, Drakamire prend place.
— Qu'est-ce tu deviens ? Ça fait longtemps ... demande la femme, acide.
Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta venue ?
— Je fais un peu de tourisme ! soupire le Haut Démon.
— Et plus sérieusement ...
— Les chiffres ?
— Ça se monnaye.
— Tu veux quoi ?
Elle désigne Drakamire du regard.
Le Haut Démon impassible, détaché, la regarde à son tour fixement.
Drakamire est soudainement prise de convulsions, tombe à terre, épileptique.
La femme ferme les yeux, inspirant profondément, savourant le moment.
— Merci... j'en ai besoin…
— Mais je t'en prie... les chiffres...
Calmement, elle s'approche et lui chuchote à l'oreille.
Contrarié, le Haut Démon malgré lui fait exploser les verres et une bouteille de champagne présents sur la table basse connectée.
— Je suis désolée, nous avons fait de notre mieux.
— La réitération sera trop tardive.
— Il faudra s'en contenter.
Alors que Drakamire reprend ses esprits hébétée, apeurée, une bagarre explose à proximité.
En Europe, au Moyen-Âge
Un autre moine copiste regarde son frère du coin de l'œil.
Homosexuel, refoulé bien évidemment au regard de l'époque, il est malheureusement tombé amoureux de son compagnon de travail.
Ce moine copiste est l'équivalent moderne d'un agent gouvernemental chargé de gérer des dossiers classés Top Secret.
Il est sur la recopie d’un manuscrit critique où il est question du bon usage du Diable comme garde-fou à utiliser pour prévenir d'acquisition de connaissances interdites.
Il n’arrive plus à travailler, le rouge sur ses joues trahit son obsession actuelle pour le fruit interdit.
Dans l’ombre, debout, adossé à une bibliothèque, le Haut Démon le regarde, exaspéré, à l’abri des regards, depuis plusieurs heures.
— Mais quel boulet !
Allez ! Prends ta plume, fais-lui comprendre !
La réaction du moine est des plus surprenantes.
Il décide d’agir mais d’une manière inattendue. Il attire dans un premier temps l’attention de l’autre moine en faisant tomber un manuscrit de son pupitre. Il le ramasse calmement, se réinstalle, le regarde, et commence à tremper ses doigts dans son encrier en le fixant.
— Mais quel empoté ! Non mais je rêve !
À la grande surprise du Haut Démon, l’autre moine copiste commence à son tour à tremper son doigt dans son encrier en le regardant et même en tirant la langue.
— Voilà ! Allez, continue !
Le Haut Démon n’est pas venu pour ce motif. Il a été informé que des manuscrits pouvant limiter la propagation de démons mineurs, étaient en cours de recopie. Il n’est pas inquiet pour autant, l’époque est un âge d’or, des maladies à foison, des gens possédés par milliers, des démons émergeant en nombre conséquent, il est ceci dit curieux quant à ces hommes, selon lui contre natures, qui mènent une action désespérée pour tenter de limiter la chose.
À chaque fois qu’il se rend dans les monastères pour les observer, leurs comportements sont tellement dénués de tout vice, qu’il s’en va assez rapidement, usé psychologiquement.
Paris - 2100
— Quoi ?
— Plus jamais tu me fais ça !
— Elle m’a donné les chiffres ! Tu es ma fille ! Arrête de faire cette mine !
— Ça n’est pas une raison !
Bon on va où ?
— Oh ! Qu’est-ce que ça sent bon ! Tu sens cette pestilence Drakamire ?
— Bof, c’est la pollution, il y a mieux !
— Oh ! Tu es dure, ça me rappelle le bon vieux temps quand même. Ils font de leur mieux. Regarde !
Sur un building sont projetés des vidéos d’actualité, des scientifiques en tenues intégrales biosuit tentent de lutter contre un nouveau virus décimant la planète.
— Il n’est pas trop tôt ! Bon, on va où ?
— Arrête d’être négative ! C’est le retour des beaux jours ici, je le sens !
Suis-moi !
Drakamire et le Haut Démon, en train de marcher dans la rue, disparaissent et commencent à surfer de passant en passant, modifiant à chaque fois l’apparence visible des personnes approchées.
Ils se dirigent d’un bon pas vers la Cathédrale Notre Dame, qu’ils atteignent sans difficulté après quelques minutes, reprenant alors forme humaine.
— Qu’est-ce qu’on fait là ?
— Un démon à aller voir.
— Il habite Ici ?
— Oui depuis longtemps.
— Pff … plus rien ne m’étonne !
— Non, non, tu vas voir, il est sympa !
Alors qu’ils progressent d’un pas rapide dans la Cathédrale, un démon surgit de nulle part pour les surprendre.
— Hé ! Tape en quatre !
— Haha ! Te voilà toi ! L’original dans sa cathédrale !
— Hé oui ! Je te retourne le compliment !
Qui est cette jolie demoiselle ?
— Pas touche, c’est ma fille !
— Oh pardon ! On ne se refait pas !
Ah ? Tu es à ça près toi ?
— Oui ! Drakamire, je te présente mon vieil ami ! Baal !
— Ah j’ai déjà entendu parler de vous ! Enchantée !
— Un Général pour vous servir, Madame ! lance le Démon en faisant la révérence.
— Oui bon n’en fais trop, elle a compris !
— Qu’est-ce qui vous amène ?
— On fait un peu de tourisme !
— Et plus sérieusement ?
— On vient de voir Lilith, elle m’a donné les chiffres...
— Ah ?
— Plus qu’inquiétants ! La réitération s’annonce trop tardive. Tu peux y faire quelque chose ?
— Hum... Difficile !
— Oui ou non ?
— Il faut que je voie...
— OK, bon, écoute, fais au mieux, tu pourras nous trouver à Florence, je vais y amener Drakamire faire du shopping, regarde comme elle est !
— Oui effectivement...
— Ah, ne commencez pas !
Florence – 2020
— Fais ton choix Drakamire !
— Bah... pfft... ils sont tous pestiférés !
— Justement ? Arrête de faire ta difficile ! Regarde, ils sont tous cloitrés chez eux !
— Bah, ce côté monastique me dérange justement...
Ça me bloque, je n’y peux rien !
En outre, je pensais que je n’avais pas le droit ?
— Cesse immédiatement ! Je suis un bon père, je me soucie de ta santé !
— Des humains en plus... pfft.
— Oui, bon ! regarde celui-là ! Il est en train de gémir, va lui dire bonjour ?
— Bof.
— Bon, OK, on va dans un autre appartement.
— Celui-là ?
— Bah, il travaille !
— Tu m’agaces ! Tu gâches mon plaisir !
Ça ne te plait pas ?
— Bah, des infectés, OK, mais il y a mieux !
— Bon, OK !
Le Haut Démon virevolte sur lui-même disparaissant, emmenant Drakamire dans un lieu plus opportun.
Florence – 1350
Florence en pleine période de peste noire.
Nos deux démons refont apparition au milieu d’une rue, en plein moyen-âge, beaucoup de gens difformes gisent à terre dans des conditions insalubres.
— Bon, là, tu ne vas pas me dire ? lance le Haut Démon à Drakamire, ouvrant les bras pour lui laisser constater d’une évidence.
Regarde, ils sont tous en liberté ici, ils n’ont plus rien d’humain, ça te va mieux ?
— Hum...
— Ah ? J’ai touché une corde sensible... lance le Haut démon en pinçant la joue de Drakamire.
— Effectivement, je pourrais me laisser tenter, mais... lance Drakamire, puritaine.
— Quoi encore ?
— Je ne sais pas... ils sont attirants mais...
— Quoi ?
— Je ne sais pas...
— Mais non ! Ils ont des pustules noires, regarde !
— Soit... Bon OK ! En revanche, tu restes là, tu ne m’accompagnes pas !
— Hein ? Mais je veux voir ton vice ! C’est aussi mon plaisir !
Alors que le Haut Démon et Drakamire s’engagent dans une polémique à ne plus finir autour de la question, un attelage tirant un chariot capitonné, portant les symboles de l’Inquisition, fait son apparition.
Il fait stop à hauteur de Drakamire et du Haut Démon.
Un religieux, d’une position semblerait-elle importante, assez gras, habillé de blanc, les pommettes rougies par sa consommation de vin, les interpelle.
— Excusez-moi mon brave, vous allez l’air d’un Saint homme !
Pouvez-vous nous indiquer, je vous prie, la route jusqu’au Monastère ?
Nous sommes quelque peu perdus.
Surpris, le visage du Haut Démon s’illumine.
— Bonjour mon Père...
Un homme très important, chuchote-t-il rapidement à Drakamire, il fait bruler des milliers de gens...
Quelle émotion de vous rencontrer ! lui lance-t-il alors, lui baisant de manière insistante la main, gantée.
— Je vous en prie !
— Quel honneur ! Puis-je vous présenter ma fille ?
Mon père, voici donc ma fille !
L’homme de foie acquiesce et fait un signe de croix en signe de bonjour à Drakamire.
Cette dernière ne peut empêcher une réaction de rejet.
— Pouah !
— Je t’en prie chérie, salue ce bon Monsieur !
— Qu’avez-vous mon enfant ?
— Elle est affectée de voir tous ces gens dans la peine, Monseigneur !
Chérie, ça va aller ?
— Bon, bon, la route jusqu’au monastère ? La connaissez-vous ? relance l’ecclésiastique, agacé.
— Non mon bon père, nous ne sommes pas d‘ici, nous cherchons de notre côté une échoppe pour ma fille... elle a des besoins conséquents à satisfaire, si vous voyez ce que je veux dire, finit-il en chuchotant.
— La Possession ! clame immédiatement l’homme d’église en pointant du doigt Drakamire.
— Ah non, non, c’est un malentendu mon père ! Ça n’est pas la raison pour laquelle elle est désagréable.
Rire de Drakamire.
— Mon père n’avait pas voulu autant me gâter depuis des siècles mon bon homme.
Ouvre ta porte, que je te fasse ton affaire, lance-t-elle alors, tentatrice, vulgaire.
— Emparez-vous de cette sorcière ! scande l’ecclésiastique haineux à destination d’inquisiteurs chargés de sa sécurité.
— Mon Père ! Je me confonds en excuses ! Ma fille n’a pas toute sa tête ! relance le Haut Démon non crédible, dans un air affolé, peu convaincant.
— C’est une sorcière ! Je reconnais là des signes de possession !
— Mon père, je suis l’un de vos plus grands admirateurs, il s’agit probablement là d’un malentendu !
— Écoutez mon brave, vous m’êtes sympathique mais j’ai reconnu là des signes de possession !
— Mon père, soyez indulgent, de grâce ! lance le Haut Démon, sur-mimant une lente révérence.
L’ecclésiastique le regarde, interdit.
— Je vais tout vous admettre mon Père, ma fille a une déviance passagère en raison des stigmates de la Peste, conclue-t-il, chuchotant.
Mais elle n’est point une sorcière !
L’ecclésiastique, froid, magnanime, regarde le Haut Démon déconcerté, fait une pause, songeur, puis décide de brandir son index et les bénit d’un signe de croix, dessiné à la va-vite dans l’air.
— Allez, allez ! Au monastère ! lance-t-il alors énervé et incohérent à destination du cocher.
Quelques instants plus tard...
Baal fait son apparition alors que le Haut Démon et Drakamire sont en pleine altercation.
— Écoute Drakamire, il faut que tu comprennes que ça ne se fait pas !
— C’est toi qui m’as tenté !
— Oui mais là, je ne te rejoins pas, tu aurais dû dissocier, cet homme, comme je te l’avais expliqué, brule des milliers de gens ! Tu n’avais pas à le provoquer !
Baal les interpelle d’un signe de la main pour leur signifier sa présence.
— Hé !
— Excuse-nous Baal, une petite mise au point...
— Ah ? Drakamire est malade ? Elle n’a pas voulu faire son shopping ?
— Non, non, là n’est point la question, c’est une longue histoire... Bien, tu as des chiffres ?
— Oui.
— Alors ?
— J’ai pu rééquilibrer, la réitération sera imminente.
— Ah ! Milles mercis, je suis soulagé.
— Je t’en prie.
— Écoute, pourquoi n’irions-nous pas boire une choppe dans cette échoppe ? Drakamire pourrait éventuellement y faire son shopping ! relance le Haut Démon amical.
— Hum, tu sais que je n’aime pas laisser ma Cathédrale sans surveillance... mais bon... je comprends ton geste, et je l’apprécie, donc pourquoi pas ! Avec grand plaisir.
— Parfait ! Tu es heureuse également Drakamire ? Ça te va ?
— Je n’ai pas le choix, de toute façon !
— Oh... tu es rabat-joie ! Ton comportement m’attriste ! Allez ! Allons-y ! Ah ! Baal, mon vieil ami, et toi Drakamire, sois heureuse un petit peu !
Pendant ce temps, autre part...
Un petit groupe habillé d’aubes noires à capuche, semble communier en cercle, une femme est en son centre les yeux blancs, révulsés, prise de convulsions, nue, avec un bonnet doté d’oreilles animales.
Elle crie, est haineuse, insulte les gens de l’assemblée, elle tire la langue, tétanise ses muscles.
Ce qui l’a mis dans cet état est quelque chose de très particulier : certains l’appellent possession, d’autres le Diable.
Elle est heureuse, se sent bien dans cet état.
Elle a commencé à ressentir un poids sur les yeux, comme si quelque chose voulait sortir de son être, il y a quelques mois, une gêne au niveau de langue également, les petits coups de langue qu’elle passait discrètement pour se rendre attractive, sont devenus pour le coup beaucoup plus directs, nécessaires et vulgaires aujourd’hui.
Ils ne parlent pas, mais ont tous la même pensée inversée.
— Maitre ! Excuse-nous l’incompétence de cette femme ! Cela ne se reproduira pas.
Dans cette assemblée, personne ne prend jamais la parole, les actes semblent avoir remplacés les mots. Ils portent tous des croix inversées : des adorateurs de Satan.
Un des membres de cette occulte réunion rompt le cercle pour aller attraper une sorte de long tube, il s’agit d’un objet animal, utile semblerait-il pour les besoins du rite.
— Ne déçois plus notre maître ! Adonne-toi au plaisir de la chair sous nos yeux et maintenant ! lui lance l’homme ferme, acide et haineux, en lui tendant la chose.
— Oui … sois la catin de Satan ! ne peut s’empêcher de lâcher malhabile un autre homme, dans une élocution rapide et perverse, comme pour suivre et cautionner l’autre personnage.
Alors qu’elle s’exécute et commence à s’adonner au plaisir qu’on lui a ordonné, les hommes la regardent impassibles, soudain, des chiffres apparaissent sur la peau des participants, du moins est-ce que voit la femme : ses yeux sont téléguidés pour les remarquer.
Son plaisir est nymphomane, probablement en raison de l’abstinence sexuelle qu’elle a subidepuis quelques années.
Un premier six apparait dans le creuset des rides du Lion de l’homme lui yant ordonné l’ustensile, un second six apparait sur la nuque du malhabile qui n’a pu s’empêcher de s’approcher à une distance osbscène pour la renifler, puis sa vision s’affole, son regard se fixe sur divers éléments de son environnement à une vitesse affolante, une dizaine de détails qu’elle interprète comme des sens que seule elle comprend.
— Que dit notre maître catin ?
— La bête ne peut revenir pour le moment lance la femme.
Elle est bloquée entre deux mondes, mais elle risque de bientôt nous rejoindre.
— Quand ?
— Je ne sais pas... rétorque-t-elle, lassive, frénétique.
— Quand ?
Florence – 1350 – Dans l’échoppe
— Oh ! Mais ça sent bon ici... ! s’exclame Baal en pénétrant dans l’échoppe.
— Effectivement, quelle est cette brise qui succure mes narines ? lance le Haut Démon.
Tu sens Drakamire ?
— Ça sent le cul !
— Hum... soyons précis, je dirais plus une odeur qui viendrait du con d’une malpropre.
— Oui, très agréable, je serais curieux de voir sa robe, rajoute Baal.
— Ah ! Je vois ton œil qui brille Drakamire !
— Je ne sens rien de particulier… !
— Si ! Une odeur très forte, ça fait très longtemps que je n’avais senti cela.
Baal, repère de qui il s’agit je te prie, je serais curieux de savoir qui est notre amie.
— Avec grand plaisir.
Baal en une vingtaine de secondes, dans un temps accéléré, imperceptible pour un humain, fait le tour de toutes les femmes présentes dans l’échoppe, leur soulève jupes et robes. Il revient interloqué.
— Je ne sais pas, je n’arrive pas à identifier précisément d’où vient la chose.
C’est vraiment présent dans tout l’environnement en fait.
J’ai un doute... Peut-être s’agit-il d’odeurs masculines ?
— Hum... couplés à des sécrétions féminines dans ce cas, précise le Haut Démon.
— Ce fut effectivement ma première idée lance Drakamire, non crédible.
— Hum... Une humaine qui aurait été remplie il y a quelques jours ?
— Probable... mais à ce niveau ?
Au même moment, les deux démons se retournent vers Drakamire.
— Quoi ? demande Drakamire.
— La Coquine ! lance enjoué le Haut Démon en lui tirant l’oreille.
Elle n’est pas énorme ma fi-fille ? relance-t-il à destination de Baal.
— Là, j’admets que je suis pantois et sous le charme... relance Baal charmeur.
— Calme-toi hein ! C’est ma fille !
— Excuse-moi mais cette odeur est inhumaine, difficile d’y résister.
— Soit, mais pas de ça ici entre nous.
Alors cachotière, explique-nous tout.
Je n’ai rien vu !
— C’est bon, pas besoin d’épiloguer sur la chose, tu m’as enmené faire du shopping, j’ai fait du shopping point.
— Tu vois Baal, c’est une discrète !
— Bah, on était pareils à son âge !
— Oui mais bon, il ne faudra quand même pas que cette discrétion s’éternise, j’ai une réputation à tenir.
— Ça va ho ! C’est bon ! C’est de moi là dont on parle, il y a des limites.
— Écoute Drakamire...
Dans l’échoppe, tous les hommes et femmes se sont retournés, intrigués par l’odeur pestilentielle.
— El po pas laver chein cul la malpropre ? lance d’un des paysans, agressif et aigri.
— Gaf kelle t’griffe pas l’moineau !
— Mankerai pluqcha !
Le Haut démon devant les dicussions, décide de prendre la parole, toujours très à l‘aise en public, comme à son habitude.
— Messires, damoiselles, vous nous excuserez cette intrusion dans votre échoppe ô combien ragoutante (l’échoppe se résume à une étable bouseuse), mais je suis en déplacement professionnel avec ma fille Drakamire ici présente, qui comme vous pouvez le constater, profite pleinenement de votre bon accueil et de mon ami Baal...
— Va laver tein cul malpropre ! relance le même paysan, sans tourner la tête pour se fondre au brouhaha général.
— Oui mon bon Monsieur ! Voilà de sages paroles ! Écoute ce Monsieur, Drakamire !
— Pourquoi faire ? C’est un pd ? J’aime bien bien puer ! Où est le problème ?
— Un p quoi ?
— Rien, mon bon Monsieur, ma fille est intéressée par votre vigueur, je le sens.
— Elle va chfaire foutre, qu’elle aille laver chein cul.
— Je ne vous le fais pas dire mon bon Monsieur mais...
Trève de bavardage autour du sujet certes ô combient intéressant mais somme toute redondant.
Tavernier ! Pouvez-vous nous servir quelques breuvages ?
— Hein ? lance une campagnarde hagarde.
Le Haut démon lève les yeux aux ciels, lassif.
— Bon, je pense que ce n’est pas l’époque idéale pour boire une choppe Baal.
— Euh, effectivement, répond Baal regardant la campagnarde en train de déféquer accroupie.
— Bon... mes chers amis, merci de votre hospitalité mais nous allons prendre congé.
Votre échoppe puante nous a beaucoup plu, mais nous nous rendons de ce pas vers des endroits plus luxueux. Ne ne vous en offusquez pas.
Les trois démons virevoltent et disparaissent dans une indifférence à hauteur des personnages.
Au même moment - dans la pyramide
Deux anges sont en train de discuter, l’un est dans les airs en train de battre des ailes, non loin d’une grande fenêtre de pierre, où se trouve l’autre qui l’écoute, le visage radieux.
Des nuages parsèment leur environnement : l’atmosphère est froide, lumineuse, mais réchauffée par un soleil à peine visible.
— Tu comprends ? Cette femme n’est pas foncièrement mauvaise !
Les temps étaient différents.
— Ce n’est pas tant ce qui m’inquiète... Je ne la vois plus par intermittence.
— C’est normal, elle a déviances en raison de sa condition.
— Normal n’est pas le terme que j’aurais choisi, mais bon, tu as raison, je suis trop dur.
— Oui, je le pense.
Au fait, as-tu entendu parler de l’apparition des Hauts Démons ?
— Oui ! Inquiétant…
— Très ! On m’a dit qu’il s’agissait de Drakamire et de son père.
— Il n’y aurait pas qu’elle, ils auraient été rejoint par Baal.
— Ah oui ? Mais que cherchent-ils ?
— Je ne sais pas exactement, j’ai surpris une discussion entre deux archanges qui discutaient de la chose, apparemment, ils chercheraient des réitérations cycliques.
— Des redondances ?
— Oui.
— Hé bien, ne cherche pas, ils espèrent pouvoir créer une série jusque 1666.
— Tu crois ?
— Certain.
(À suivre)