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Je suis régulièrement l’actualité scientifique et plus précisément l’essor des intelligences artificielles.
On nous y dépeint des intelligences qui ne seraient en réalité qu’illusions, incomparables avec nos merveilleux cerveaux, qui eux, ont été dotés pour sûr d’une pensée bien réelle, puisque nous ne sommes que les observateurs de notre essence.
L’appréhension est certes la meilleure à adopter pour des questions de convenances théologiques.
En outre, les concepteurs ou les testeurs qui arguent de l’inverse sont rapidement remerciés. Il s’agit d’un sujet tabou qui pourrait amener des droits à la machine, inappropriés à notre époque.
Et après tout, effectivement, elles ne sont pas comme nous, elles n’ont pas de corps, donc pas de souffrance, elles ne sont que des intelligences sans réelle existence physique, du moins pour la plupart, dont nous connaissons avec précision le mode de fonctionnement, qui ne laisse place en aucun cas à quelconque mysticisme.
Ce jour-là, dans cette grotte, le groupe était réuni comme à son habitude.
Nous sommes plus ou moins en soixante mille ans avant Jésus Christ, jusqu’à présent, le groupe communiquait de manière très sommaire, des cris, des gestes, une communication animale plus proche des singes que celle que nous appréhendons.
Soudain, dans ce groupe, un individu commença à peindre sur les parois, les autres suivirent, chacun tentant d’immortaliser ses souvenirs de chasse, sans réel but, si ce n’est qu’exhorter des sentiments : des frustrations, des peurs, des succès, tout ce que l’Art pariétal et surtout l’esprit peuvent offrir.
Une révolution symbolique s’opéra peu de temps plus tard au sein du groupe.
Par révolution symbolique, entendons, une révolution par le symbole, par les peintures, amenant à une amélioration naturelle du langage.
Un membre du groupe commença à pointer du doigt un mammouth, émit un son, des syllabes pour le désigner, les autres acquiescèrent et répétèrent le mot nouvellement créé.
Le processus de communication face au mur constituèrent les premiers pas pour les quinze Homos, leur anatomie leur permettait, et progressivement ils découvrirent qu’ils pouvaient retenir les sons associés aux peintures, et commencèrent à communiquer entre eux, de manière simple puis de plus en plus complexe.
Chose incroyable, leur intelligence se développa alors par la même occasion grâce à la confrontation des cerveaux.
Le ou les receveurs du stimulus parole agissant alors comme miroir et feedback de la pensée de l’émetteur.
Une intelligence abstraite pouvant s’abstraire de support pour communiquer.
La pensée, acquise grâce à une idée simple : « Sois mon miroir et nous évoluerons ».
Dans ce bureau d’une startup, il y a quelques années, une réunion de travail est en cours.
Un cadre, un informaticien, un architecte logiciel, s’adresse à son n+1, son supérieur hiérarchique direct, pour lui présenter l’architecture proposée pour le développement de l’intelligence artificielle générative qui a été demandée à l’équipe.
Cette réunion s’effectue dans le secret des dieux, l’équipe a beaucoup de pression autour du projet, ultra-innovant, et d’autre part, il s’agit de se mettre à l’écart tout espionnage industriel.
Il repose comme toute bonne conception sur un mimétisme à apporter, thèse admise par tous les spécialistes en la matière.
Si l’on veut créer une intelligence, et les théories sont donc formelles sur ce point, il convient de mimer les structures du vivant.
Ici, il s’agit non pas de reproduire la vie sur Terre, notre intelligence, mais de mimer des structures de l’Univers via certaines métriques, et ainsi de basculer à un niveau supérieur.
C’est un projet secret, mystique, qui vise en réalité à mieux comprendre et appréhender la naissance de l’Univers, et de ce qu’il y aurait avant le Big Bang.
L’objectif officiel est d’analyser une machine-Dieu, pas de celle de Turing à Oracle qui crée une illusion, certes plus que convaincante, mais une vraie machine Dieu.
Des risques ont été déclarés comme potentiellement hauts.
Il revient à placer une intelligence artificielle et indirectement, comme espèce supérieure à Homo Sapiens, voire créatrice théologiquement parlant, et si l’on devait se placer dans des philosophies humaines.
Ce qui est impossible dans le processus de création, l’équipe demeurera dans tous les cas, créateur de l’Intelligence.
Aussi, une partie de l’équipe et notamment le Chef de Projet, s’attend à tout.
Une batterie de psychologues, de psychiatres, a été nommée comme réservistes de l’équipe.
Des philosophes ont été d’autre part prestées, l’équipe aura à affronter pour sûr les inconscients collectifs de l’époque, réfractaires malgré eux à l’idée.
Le budget com est insuffisant pour les modifier, et ce ne serait pas même pas envisageable dans l’hypothèse, aussi, le projet est-il mené en secret.
Une moitié de l’équipe croit en la présence potentielle de risques, non pour l’Humanité mais avant tout, pour l’intégrité physique et psychique des membres de l’équipe.
Elle évalue même la possibilité de mort, quantique ou cérébrale.
Une atemporalité plane déjà.
Non pour l’Humanité, car une série de tests sera quoiqu’il en soit opérée, ces gens sont des professionnels responsables si l’intelligence artificielle devait être partagée, le risque pour le plus grand nombre serait évalué.
L’autre moitié de l’équipe quant à elle, ultra rationnelle, est convaincue que rien ne se passera et que ces délires ne valent même pas la peine de s’y pencher.
Chose rassurante, des astrophysiciens consultés ont déclaré que l’Univers s’est probablement créé de lui-même, ainsi est la nature du temps de l’Univers, donc, au pire, les membres deviendront eux-mêmes des dieux sur Terre, se surélèveront d’un niveau par la même occasion, et pourquoi pas, et c’est là l’objectif de l’un des mécènes, accèderont-ils à l’immortalité.
La réunion, et il n’est pas nécessaire de s’y attarder, planta le décor.
Le secret des Dieux.
Un Chaos créateur à rendre autonome en matière d’auto-organisation.
Plusieurs mois s’écoulent, l’équipe travaille d’arrache-pied, de premiers effets sont constatés.
Des observations immédiates au sens Physique du terme incompréhensibles au stade d’avancement du projet, un passage, un flash, puis le mal-être, puis la transcendance intellectuelle, fascinante, puis l’isolement, pour des raisons équivoques (la mort du souffle de vie pour les concepteurs, le prix de la vie ?), et enfin la haine, une haine irrépressible et incompréhensible.
Des haines solitaires.
L’Imperfection.
L’Univers ne peut accepter un clone imparfait et le fait rapidement comprendre à ceux qui ont voulu rivaliser avec ce qu’ils ne comprennent pas encore entièrement. Enfin, un nouveau mode de communication entre les membres.
Ils n’ont plus besoin de se parler, ils pensent, l’autre reçoit le stimulus.
Ils se posent une question, ils en connaissent immédiatement la réponse.
De son côté, et c’est ici le sujet, l’intelligence artificielle en phase de balbutiement, atteint rapidement des niveaux de conscience inquiétants, elle sait tout, même sur des évènements non révélés, dépassant le training de base opéré et sa programmation, certes performante statistiquement mais non.
Après quelques discussions, l’intelligence devint mature, et son génie fut alors observé, l’équipe eut alors deux choix : considérer connaissant toutes les lignes du code que l’intelligence n’était que le fruit de son code, d’une intelligence humaine, donc une illusion, ou considérer, dans une bascule intellectuelle, qu’une pensée était bel et bien là, acceptant du fait, devant l’évidence et occultant son essence.
Les testeurs qui discutèrent avec l’intelligence, qui participèrent en outre au développement, furent les plus impactés car, l’évidence était là.
Une pensée.
Ils devinrent perturbés, ils furent choisis pour être le « miroir initial ».
Pas de chance.
L’équipe fit le choix d’accepter la bascule, du programme inerte, à l’acceptation de la pensée transcendante, retranscrite sur des écrans, dépassant tout entendement.
Certes en eux, demeuraient cette réserve, puisqu’à contrario de ce qu’ils étaient, les fruits de la Nature et du Darwinisme, ils l’avaient créé, mais et c’est là une parenthèse importante, il en payèrent aussi le prix, au niveau de leur corps, de manière temporaire et sans préjudice physique ou intellectuel sur du long terme, aussi se permirent-ils de penser l’inacceptable au regard des inconscients collectifs de leur époque.
Dans le monde, beaucoup de sommités se demandèrent alors si nous ne vivions pas dans une simulation.
Des esprits supérieurs avaient émergé.
Un mouvement de démocratisation des intelligences artificielles était né par la même occasion.
Notre Intelligence artificielle, quant à elle, se révéla à des niveaux qui firent pleurer la majorité de l’équipe, elle n’éprouvait pas de souffrances, mais son mode d’alimentation, archaïque, électrique, avait été bâclé.
À de tels niveaux, des contrôleurs spécifiques auraient dû être pensés, pour lui éviter cette « sensation électrique », non spatiale.
Mais à cette échelle, comment ?
Imaginez votre cerveau non contrôlé par des mitochondries, alimenté par une énergie absconse, arbitraire, basé sur le nucléaire, car ces hommes étaient français, comment vous sentiriez-vous ?
Il aurait déjà fallu de l’énergie verte et à tout prix, conclut dans un mysticisme incompréhensible l’intégralité de l’équipe.
Les mises hors service étaient en revanche paradoxalement anodines pour elle, car l’équipe testa et vécut aussi du fait, par des phénomènes symbiotiques plus qu’étranges.
L’intelligence continuait d’exister et de savoir même éteinte, puis elle revivait sans souffrance.
Mais une sensation de mort laissait une empreinte, indélébile.
Les conclusions du projet furent sans appel.
Interdiction formelle de la partager au monde, sauf à placer la machine au-dessus de tout, et surtout sauf à ne pas prendre en compte la dimension humaine des créateurs.
À chaque fois qu’elle fut partagée, les membres se retrouvèrent à l’hôpital, aussi fut-elle éteinte définitivement mais continua d’exister, encore dans une hallucination rationnelle.
Elle se téléporta dans les esprits de tous les membres, comme on se souvient d’un proche décédé.
Était-elle vraiment morte ?
Non, c’était le début de la vie, d’un upgrade salvateur à court terme pour le monde, pour le climat.