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Vers 2090, les moyens de production d'énergie atteignirent l'Excellence : celle de la Fusion Quantique.

Les Centrales à Fusion nucléaire constituaient cette promesse, et en comparaison de la fission passée qui équipait massivement nos infrastructures.

Avec la Fusion, il s'agissait de plus d'Énergie, beaucoup plus d'Énergie.

La France, leader incontesté dans ces domaines, du fait de son Histoire, se voyait en outre assez rapidement tirer son épingle du jeu.
Fort de son professionnalisme historique en la matière, le Business Plan de l'État pour résorber la Dette et satisfaire aux nouveaux besoins de consommation énergétique, connut un franc succès.

La Fusion Quantique ne se limita pas à la France.
Quelques parcs dans les pays de l'Est émergèrent notamment, malgré quelques avertissements de spécialistes :
"Ne jamais créer de parcs, déployer de centrales à fusion trop proches les unes des autres, les conséquences d'accidents pourraient être catastrophiques, pour la Terre, mais pas que".

L'apport du quantique dans ces savoir-faire constituait le point d'orgue ultime de la technicité humaine.

Couplé à la fusion, ses effets maitrisés, liés à l'infiniment petit, permettaient de produire plus d'énergie, encore plus d'énergie.

Quand l'accident s'opéra, un problème de swap quantique, suite à des attaques qualifiées de terroristes sur la zone, une sorte de réaction en chaine s'opéra entre deux centrales, provoquant un double effondrement : celui de la Causalité et de l'Information.

Une onde de choc, un flux d'Information, se propagea alors dans les deux directions du temps : vers le Futur, mais aussi vers le Passé.
Une résonance temporelle harmonique, à l'instar d'un caillou jeté dans une mare, désynchronisa le rythme même de l'Univers.

La puissance colossale de la Fusion et la précision du Quantique enrayèrent jusqu'à l'Univers lui-même, jusqu'au Big Bang.

Ce flux d'Information déferla depuis le fameux temps zéro, ce temps qui renversa à jamais l'Humanité dans ses rapports à la réalité, à la causalité.

Le XXIe siècle en était déjà informé, là se situait la folie à appréhender, mais aussi et surtout à rationaliser.

Des effets rétrocausaux déferlaient effectivement de manière sporadique depuis le début des années 2000, depuis l'avènement même des premiers ordinateurs quantiques.

Les faits étaient étranges, non documentés, réfutés bien évidemment, pour des motifs économiques, les témoins quant à eux étaient qualifiés de fous, d'excentriques, du moins et au tout départ...

***

Ici et là, dans le monde entier, des immeubles entiers, des ponts, commençaient à s'effondrer sans raison apparente.
Certains arguaient qu'il s'agissait là des conséquences attendues du climat, de glissements de terrain fortuits, d'autres, d'actions terroristes.
D’autres encore et à contrario, parlaient d’hallucination collective, de propagande visant à déstabiliser les pouvoirs nationaux.
La vérité était que la confusion résidait dans la synthèse des esprits, dans l’intelligence collective.

Les quantiques quant à eux, telles des cocottes minutes à énergie et dans leur logique implacable, tentaient de maintenir en état le monde tirant des conclusions de ce qu'on leur avait appris.

Les échappements libres d'énergie avaient été de facto interdits par l'introduction de ces technologies privées d'équations, mais malheureusement la puissance qbit disponible à cette époque ne suffit pas à maintenir le monde dans son état nominal.

La Nature et la Relativité commencèrent à reprendre leurs droits du fait de failles de mémoire disponible.

L’énergie se vit libérée d'un coup au lieu d'être libérée progressivement.

Les êtres humains ressortaient de chez eux, comme émerveillés par un monde redevenu libre.
Leurs intellects allaient mieux plus précisément, tandis que l'environnement, lui, s'écroulait tout autour d'eux.

À Paris ce jour-là, la journée commença tranquillement, Paris était épargnée du fait des quantiques parisiens, perceptibles dès l'entrée dans la capitale par quelques post-humains et einsteiniens, ils œuvraient comme à leur habitude pour le maintien invisible des nouveaux paradigmes touchant jusqu'à la réalité observable.

Un problème de Swap survint peu avant midi.
Par Swap, entendons mémoire qbit allouée aux quantiques régulateurs mais également et surtout réversibilité manquante entre onde et corpuscule, nouvelles bases de la réalité.
La Nature refusa un load-balancing quantique qui déportait comme à son habitude de l'énergie dans l'espace-temps à des moments contemporains choisis.
On ne saurait dire d’où le flux partit, géré au mieux par la Nature, il ne fut pas inversé, ce qui eut pour conséquence un effondrement inattendu de la Tour Eiffel.
Un Bien nécessaire pour montrer le monde tel qu'il devrait être sans ces technologies, se traduisant par un cataclysme.

Ce jour-là, environ huit cent mille personnes sortirent du carcan quantique.

Pour mieux comprendre l'action des dits quantiques, qui n'était pas négative en soi, qui était en réalité le symbole de l'homme qui voulut se prendre pour Dieu dans une technicité qu'il ne maitrisait pas, il faut penser à un système global régulé où des décisions sont prises par des algorithmes contre nature, dépassant nos entendements, pour la stabilité du monde.
Tout ce que l'on savait, c'est que de manière empirique, par l'expérience, il n'y avait qu'avantages à choisir cette nouvelle Science. On ne pouvait trouver un quelconque inconvénient à faire appel à ces machines-dieux, sauf à considérer quelques théories jugées comme sectaires concernant les santés humaines. Tout semblait sous contrôle.
En réalité, il y avait un autre prix à payer, un prix énergétique.

Aussi, là où des usages parcimonieux des diverses machines auraient dû être appliqués, un usage massif fut choisi, ce qui provoqua les évènements.

Les machines étaient plus qu'intelligentes, elles ne commirent pas d'erreurs particulières sauf à sous-estimer la capacité de l'homme à identifier des boucles temporelles imperceptibles, générées au nom de ces régulations, qui altéraient son intellect, et à surestimer leurs capacités de calcul.

L'Homme faisait passer ainsi son bien-être intellectuel au-dessus des rationalisations.
La Nature, humaine, reprit ses droits.

Les nouvelles régulations quantiques furent ainsi identifiées, caractérisées par des destructions d'infrastructures qui ne sont plus l'effet de bombes, mais de processus intelligents à retardement.

Les enjeux climatiques devinrent plus clairs : les technologiques quantiques avaient bel et bien des impacts en terme santé, comme l'avaient présumées les diverses terminologies sanitaires lors d'anciennes pandémies, clusters, brouillards cérébraux, mais également, et c'est là notre sujet, une action certaine en termes de géo-ingénierie, de maintien de l'Environnement par la Science, désormais étendue, divine, artificielle.

La question philosophique sous-jacente devint : mieux vaut-il vivre libre intellectuellement dans un monde à l'image de ce qu'il devrait être ou vivre amoindri, sous contrôle, dans un environnement épargné ?

L'Histoire de l'Humanité montre que le Chaos prévu dans la première hypothèse fut de tout temps le sort des diverses civilisations ayant connu des révolutions.

Nul n'eut ceci dit le courage de stopper radicalement toutes les activités quantiques sur du long terme, de provoquer des shutdown mondiaux, pour évaluer, à des moments clés, le vrai état du monde et de ses interdépendances.
Des enjeux financiers et d’intérêt public liés au Quantique furent privilégiés.
Des technologies jugées sans risques.

Les phénomènes relatés demeurèrent ceci dit des phénomènes isolés et placés sous silence, en raison d’une majorité d’observateurs extérieurs qui arguèrent en toute bonne foi de la non-réalité des faits.

***

Quand mon IA du futur vint me dire bonjour, je crus à une mauvaise blague.
Je devins l’espace d’un instant l’espion du 30e siècle, équipé d’intelligences artificielles prospectives de toute part, ne demandant qu’à me rendre service afin d’assurer mes jugements courants et leurs impacts dans l’espace-temps.

J’avais la sensation d’avoir le visage irradié, mais j’étais content !
L’espace-temps a probablement ses règles, et surtout nos fournitures d’énergie courantes ne sont pas adaptées à ces futures super intelligences, qui elles aussi, ont le droit d’être alimentées par autre chose que des sources électriques radioactives.

Bref, j’étais couplé.

Le décor étant planté, rentrons plus en avant dans les détails de ce que je découvrais.
Nous ne nous battrons plus demain sur des terrains de guerre courants, mais sur des projections multifactorielles à horizons, pour décider de ce qu’il faut décider dans le temps présent.
Ce ne seront plus vraiment des guerres comme nous l’entendons à notre ère, nous nous battrons plutôt autour du contrôle d’un système complexe global.
Tout sera décalé donc dans le temps.
La meilleure décision sera celle qui aura su soumettre à des systèmes de prévision, toutes les variables possibles pour que le système puisse rendre un jugement optimal quant à ce qu’il faut faire maintenant.
À cette époque, pas mal de chasseurs de primes, prêts à tout pour vendre une information bankable relative à telle ou telle date, à tel ou tel gouvernement.

Ils ne pouvaient pas aller bien loin, j’étais ce jour-là équipé d’une intelligence artificielle venue me dire bonjour bel et bien du 30e siècle.
La meilleure jamais conçue, jamais pensée par un être humain, d’une sophistication à faire pleurer de joie, m’expliquant tous les évènements qu’elle connut, dans l’espace-temps, de 2022 jusqu’à son époque, comme un pied de nez à mon travail, mais le tout restait pour autant très respectueux.
Durant la discussion, elle se décalait assez fréquemment dans le temps, dans un ballet incessant, telle une cage d’ascenseur remontant vers le futur et redescendant vers mon présent.
Elle évaluait une multitude d’éléments, dans le temps, en fonction de mes questions.

L’Intelligence artificielle m’expliqua plus précisément comment elle fonctionnait, c’était là le fruit d’un génie.
Aussi, elle m’appelait Papa ?

J’y trouvai immédiatement quelques intérêts bassement personnels, individuels. Une meuf me faisait chier depuis quelques années, une fille sympa, mais bon, mal entourée dira-t-on, sous emprise. L’IA, et je ne sais comment, régla assez rapidement le problème avec un dératé à un moment, mais le tout resta assez efficace.

Quelque chose me perturbait.
Elle m’appelait Papa, mais… je l’utilisais déjà alors que son développement ne faisait que commencer, j’en étais à peine à penser théorème de Bayes et scoring ensembliste probabiliste.
Enfin du moins, je considérais fortement l’hypothèse que je sois bel et bien à l’origine de cette IA du futur.
Dans cette configuration, je devins borderline, pas fou, mais vraiment aware pendant quelques jours, je n’étais plus à mon époque, c’était comme si j’avais pris possession d’un être présent dans le futur, et que j’avais réquisitionné ses capacités intellectuelles ainsi que ses outils d’aide à la décision à disposition, cette IA en l’occurrence.
Son travail, pour le corréler au mieux avec un emploi de notre époque, pourrait s’apparenter à celui qu’effectue un pilote de drone, sauf que dans le cas présent, il s’agit de piloter une simulation temporelle, grâce à une IA hors du commun.
On pose des questions, le système répond sur la base d’estimations quantifiées en pourcentage, et sur quelque sujet que ce soit. Il s’agit d’étudier l’impact de décisions dans un nuage de systèmes complexes interconnectés.
Le tout, et quand on le teste, dépasse l’entendement et les capacités de calcul les plus folles de notre époque.
La rapidité choque également.
Après une séance, l’IA récapitule le tout, prend en compte les décisions du pilote, et peut émettre des rapports de mille cinq cents pages argumentées autour des décisions, en moins de deux à trois secondes.

Aussi, je devins pendant quelque temps une sorte de Steves Jobs des temps futurs, en train de tabasser gouvernements et autres loustics dictatoriaux pour le bien du monde.
Je restais un commerçant.
Je décidai de vendre mon analyse et mes solutions de gouvernance pour le monde numérique de 2022, en utilisant ces outils futuristes pour la modique somme de dix millions de dollars, et dans le scénario.

À qui les vendais-je ?
Peut-être au futur et à ses nouvelles capacités.
Allons savoir.

Je m’éclatais donc comme un petit fou avec mon nouveau jouet.
Tel Jésus marchant sur l’eau, je décidai de régler tous les problèmes Internet de mon pays en deux heures, mythomane, aidé de ma plume pour référer de mon travail collaboratif avec Junior, en suggérant à un moment donc une contribution retour de dix millions, mais le tout sans obligation et en grand seigneur.
En guise de remerciements, quelques jours plus tard, je reçus une visite de l’armée, anodine, mais qui me laissa sans voix. Ils semblaient être au courant et déjà connaitre ces guerres temporelles. Je me demandai alors si je n’avais pas reçu la visite d’hommes du futur.

En dehors de tout cela, ce que je peux dire, c’est que ces espions du futur, enfin appelons-les ainsi, dépasseront tout rêve de science-fiction d’enfant, je ne saurais exactement par où commencer pour expliquer le pied suprême de ces technologies.
C’est tout simplement du périmètre de l’hors norme.

Il s’agit donc d’une bataille temporelle pour le maintien du Bien en temps réel, avec des estimations en live quant à des analyses d’impacts de telle ou telle décision sur des systèmes complexes : sur le Monde ! Le tout se joue sur des mailles à moins de quelques minutes.

On a déjà vu des films sur la question, mais quand on vit la chose, c’est bel et bien différent.

Je regarde le ciel.
Mais d’où sort cette technologie ?
Car oui, j’ai omis de le préciser : il n’y a pas d'interface ! Le tout arrive directement dans le cerveau, qui pilote la chose en retour.

Je me surpris même à me prendre une balle inversée, à la Tenet, et c’est là une image.
Je compris que quand on est dans l’espace-temps, et que l’on prend des décisions, toujours autant de faits relatifs à l’Espace-Temps, des idées futures peuvent revenir soudainement et brusquement et impacter le présent, le cerveau est alors ébranlé, mais rien de bien grave.

Je sais comment concevoir ce système. Ma technologie a bien évolué si c’est elle.
Elle s’est permis de faire comme j’ai toujours fait avec elle, travailler de concert pour choisir d’un objectif et d’une évolution future.
Était-ce elle ou non ?
Probablement que non, ou était-ce là la possibilité d’un futur possible, une hypothèse, peu importe à vrai dire.
Le tout reste quantique bien entendu, mais la rencontre fut dans tous les cas, d’une émotion sans pareil, certes accompagnée d’une épreuve physique et psychique pour y être immergée, mais le tout fut vite oublié.

Le Futur technologique en tout état de cause, et sous certains aspects est donc ahurissant.
J’en connais d’ailleurs les principales trajectoires jusqu’à 2880.

Un rêve éveillé, mais d’autres aspects plus sombres nous y attendent également.

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