Wallson-SharmaScience-Fiction    Zone 51   



Peter Wallson est en ce moment en week-end à la Death Valley, on peut sans dire sans équivoque qu’il est un hippie de la Silicon Valley. Sa consommation de LSD est conséquente, il l’utilise à bien pour ses qualités introspectives étant d’un naturel énergique et un peu trop expansif, et sa vie tourne autour des ordinateurs. Il est l’un des pionniers inconnus du secteur, qui n’a pas eu le même destin que ses homologues les plus fameux.
Passionné de sciences, il s’attacha dans ses années collège, donc assez tôt, à comprendre les théories relativistes, paradoxe du train, paradoxe des jumeaux, il commença par explorer ces expériences de pensée les plus communes, avant de remuer terre et ciel, et comme nous le verrons, pour communiquer sur ce qu’il qualifiera beaucoup plus tard d’ « invasion extraterrestre ».
Sanjay Sharma, quant à lui, est un brahmane du nord de l’inde, et plus précisément, un poète. Sa vie est des plus pieuses dans le respect de l’Hindouisme, religion qu’il vénère. Il a une vie de famille, il passe le plus clair de son temps à l’extérieur, à philosopher, à méditer et à écrire sur le monde qui nous entoure.
Ces deux hommes ont une liaison qu’ils ne connaissent pas : ils sont des sosies physiques, mais également génétiques. Leurs habitudes de vie, alors qu’ils vivent à plusieurs milliers de kilomètres l’un de l’autre, ont également des similitudes troublantes. En revanche, leurs personnalités, sous certains égards, sont différentes, voire totalement opposées.

USA - Death Valley – 1977

Peter est en plein désert avec sa copine du moment, ils ont décidé de se faire une escapade à deux de quelques jours. On ne peut pas vraiment dire que leur couple est au beau fixe. Lui l’aime, mais a cette fâcheuse tendance à lui manquer de respect, et elle, n’en parlons pas, elle le trompe en ce moment avec deux ou trois autres hommes tout en lui jurant d’être une sainte ni touche.
Toujours est-il qu’ils sont malgré tout bien ensemble et s’aménagent aussi des temps à deux de temps à autre, comme ce week-end.

— Putain, mais t’es conne ou quoi ? C’est pas compliqué ! On est où ? Tu sais pas lire une carte ou quoi ? Tiens, donne-moi ça !
— Hé c’est bon, commence pas à me prendre la tête. Non... laisse-moi deux secondes, je me repère.
— Je rêve ! On va pas passer la nuit ici ! Il fait plus de 45°C, je te signale !
— T’es un gamin ou quoi ? Tu as chaud, tu as chaud ! Moi aussi ! On sait où on est du coup...
— Arrête de jouer à ça, ça ne me fait pas rire, donne-moi le plan !
— Non je te dis, tu attends deux secondes, je vais trouver où on se trouve précisément. On avait vu quoi ? C’était quoi le dernier panneau ?
— Je rêve !

Peter se cambre pour poser la tête sur le volant en signe d’exaspération.
Voilà deux jours que leurs principaux sujets de la journée tournent autour de où ils se trouvent et où ils veulent aller, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont souvent en opposition.

— Bon écoute laisse tomber, je vais faire demi-tour, on va déjà aller se boire un pot, je meure de soif. On va aller au bar que l’on a croisé tout à l’heure.
— OK. Si tu veux ! mais ça fait un peu loin... lui rétorque sa copine.
— C’est bon, rien à cirer ! J’ai soif ! On galère, y’a rien à a voir ici.

Sa copine range alors la carte, se recale sur le siège passager et pose ses pieds sur le pare-brise. Elle se dit qu’il fait le bon choix et de plus, ça l’arrange, elle n’avait plus envie que ça, que de faire la copilote.
Une heure plus tard, ils arrivent aux abords d’une station essence, qui a un coin-bar de fortune, qui se résume à des tables de camping disposées non loin des pompes.

— Ah purée ! ça va faire du bien de se poser un peu, lance Peter s’étirant en sortant du véhicule.

Le coin est plutôt mort, il y a tout de même deux voitures qui font le plein et deux autres en stationnement. Un chien assez étrange regarde notre couple sortir du véhicule, il s’agit probablement d’un chien sauvage, il est maigre, a la peau sur les os, son pelage est court. Il ne bouge pas, il est tellement immobile que June lui en fait la remarque.

— Il est bizarre ce chien, regarde comme il nous regarde !
— Ouais, bon c’est un chien !
— Non regarde ! Qu’est-ce qu’il a ?
— Il te regarde toi ou moi là ? À mon avis, c’est toi...
— Haha… très drôle ! Non, mais regarde ! Il a toujours pas bougé !
— On s’en fout... écoute reste là, va t’installer, je vais aller acheter les boissons. Tu veux quoi ? Allo ? Un coca ?
— Euh...oui c’est bon.
— Bon allez zappe, il a pas l’air méchant...
— Non, mais c’est pas ça... il se sent peut-être pas bien, regarde !
— Bon j’y vais...à tout de suite
— Oui OK.

Peter rentre dans la station et attend le retour du pompiste. Il en profite pour attraper deux cocas et une bouteille d’eau et regarder des magazines.
June, quant à elle, vient de s’installer sur l’une des chaises près de la table de camping.
Peter a soudainement une drôle de sensation, on ne peut pas parler de confusion, il se sent vaseux, il pose les bouteilles sur un frigo à glaces, puis jette un œil à l’extérieur. Il n’a pas remarqué que June s’était installée, de là où il se trouve, il ne peut pas voir le bar de fortune, il voit juste les pompes ainsi que leur véhicule, une Chevrolet, un pickup deux places. Près de la voiture est postée une femme avec un short, elle est de dos et soudain se retourne.

— June ? c’est quoi ce bordel ? Qu’est-ce que c’est que... ? marmonne-t-il à voix haute.

Le pompiste fait alors son apparition.

— Bonjour, c’est pour le plein ?
— Non, pour des boissons d’abord, on fera le plein tout à l’heure.
— OK ça marche !

Peter attrape les boissons, les pose à proximité de la caisse après avoir suivi le pompiste et attend pour payer. Il repense au chien pour une raison inconnue et au regard de ce qu’il vient de voir, puis l’associe à la relativité, enfin l’associe, du moins a des idées autour des jumeaux.

— Allo ?
— Oui ! Désolé. Combien ?

Pater paye et s’empresse de sortir pour voir où est June.
Il la voit installée, s’en trouve rassuré puis fait la dizaine de mètres pour la rejoindre.

— Ah bah tu es là ?
— Bah où tu veux que je sois ? Ça a été ? Tu as l’air bizarre ?
— Non ça va.
— Quoi ? Je te connais.
— Il est où le chien ?
— Je sais pas... il est plus là.
— Tu étais là depuis que je suis sorti ?
— Bah oui ! Quoi ?
— Non, non rien. Laisse tomber.

Inde – New Dehli – 1977 – quelques mois plus tard

Sanjay est un brahmane d’une quarantaine d’années, issu d’une famille pieuse, il fait partie de l’une des quatre castes majeures de l’hindouisme, celle en charge du dharma, qui regroupe plus volontiers les hommes de lettres, et ceux qui ont une connaissance importante sur le monde.
Il est assez connu sur New Dehli, c’est une personnalité publique.
On peut dire de Sanjay et c’est d’ailleurs ce que son entourage dit de lui, que c’est un éveillé, c’est un être qui sait déjà sans savoir.
Dans la pratique de sa religion, il aurait vécu la manifestation de son dieu sous toutes ses formes possibles, dont initialement celle de Bouddha. Ça l’aurait conditionné à devenir ce qu’il est aujourd’hui. Il n’est pas pour autant mystique, mais empreint d’une inspiration qui ne passe pas inaperçue.
Sanjay est en ce moment en pleine méditation dans un parc, en Raja Yoga, un yoga ancestral appelé aussi le yoga royal, il aime le pratiquer, à contrario des autres yogas, il est plus profond et lui permet de libérer ses renaissances, occulter son stress quotidien en peu de temps.
Carma, son épouse, a décidé de le rejoindre, ils ont prévu d’aller en ville aujourd’hui pour aller acheter des épices.
Alors qu’il a les yeux figés sur un point de son environnement, les bras semi-tendus, la paume des mains ouvertes vers le ciel, un homme vient à lui, il sourit, ses idées du moment lui ont probablement amené.

— Sanjay Sharma ?
— Oui.
— On m’a dit que l’on pouvait vous trouver ici.
— Ah ?
— Je ne vous dérange pas ?
— Si, mais ça n’est pas grave, j’avais pratiquement terminé. Vous venez pour les doubles ?
— Je... effectivement... Laissez-moi dans un premier temps me présenter. Steven Hallmark, nous avons une amie en commun, Hamsa, je fais partie de l’ambassade américaine, je viens vous voir à titre personnel.
— Oui... Que puis-je faire pour vous ?
— Disons que c’est un peu particulier. Pour faire simple, j’aimerais avoir votre avis sur une question.
— Sur les doubles ?
— Effectivement, rétorque l’homme d’une trentaine d’années interloqué.
— Je peux éventuellement vous aider. Laissez-moi vos coordonnées, je ne suis pas disponible cette après-midi, mais je peux vous contacter ce soir si cela vous convient.
— Oui, relance l’américain, gauche et empressé, fouillant dans son costume, après une carte de visite et un stylo. Excusez-moi... Oui, voilà ! Voici ma carte, et voici mon numéro de téléphone personnel, je vous le note... vous pouvez me contacter ce soir à ce numéro ou demain sur mon lieu de travail si vous avez un empêchement.
— Entendu.
— Encore mieux, seriez-vous disponible pour diner chez moi ce soir ? Avec votre épouse si vous le souhaitez ?

Sanjay crée une pause de quelques secondes dans le dialogue, son regard se détourne de son interlocuteur, il scrute autour lui puis lui répond évasif.

— C’est possible effectivement.
— Oui ? Bon et bien parfait ! Nous disons 20h chez moi ? Laissez-moi… voilà… je vous note mon adresse personnelle au dos. 20h vous conviendrait ?
— Entendu. Mon épouse ne sera pas présente, je pense.
— Comme vous le souhaitez ! N’hésitez pas à venir avec elle si vous changez d’avis.
— Entendu.
— Super ! À ce soir dans ce cas ?
— Oui à ce soir.
— Au revoir.
— Au revoir.

Sanjay devient songeur tandis que l’homme prend congé et se dirige vers la sortie du parc.
Il est fréquemment sollicité ici et là pour des avis divers et variés, mais jamais aucun américain n’était venu à sa rencontre. On ne peut pas dire qu’il soit méfiant ou paranoïaque compte tenu de ce fait, mais sur ses gardes, et compte tenu de la position professionnelle de l’homme et de ce qu’il a déduit au travers de son comportement, de sa gestuelle. Il sent que sa demande sera abusive ou intéressée avant même de savoir de quoi il en retourne.
Il regarde plus attentivement la carte qu’il lui a laissée, pas de fonction de mentionnée, une chose est sûre, il semble bien travailler pour l’ambassade États-Unis.

Espagne - 2022

Des scientifiques espagnols mènent une recherche sur les sosies. Il est prévu que leurs résultats de travaux fassent l’objet prochain d’une publication dans la sphère scientifique.
L’époque aidant, ils se sont aidés d’algorithmes de reconnaissance faciale pour identifier les sosies, et les ont contacté pour leur demander leur aide afin de mener à bien leurs objectifs.
Certains ont accepté, des études comparatives notamment en termes de patrimoine génétique ont été lancées, les résultats sont étonnants, les sosies retenus également, la similitude de leurs traits semble sortie d’un film à gros budget.
Seulement voilà, depuis le lancement des recherches, l’équipe semble frappée d’une malédiction. Les résistances furent nombreuses, le sujet est certes historiquement polémique, pouvant toucher et être assimilé au clonage et à ses questions éthiques, à des activités sectaires, mais là n’est pas tant le problème.
Certains d’entre eux ont développé des névroses inexplicables, ils communiquent moins ou du moins, rentrent dans des vies qui ne leur ressemblaient pas avant le début des recherches.

USA - Death Valley – 1977

Peter, depuis l’épisode du chien et du sosie de June, est encore dans un état second, des éléments de son environnement semblent être portés et malgré lui à son attention, comme si une entité se manifestait pour lui signifier quelque chose.
Il se trouve encore en ce moment avec June à la station essence, ils se sont en train de siroter leurs cocas.
Peter, éberlué, vient de tomber à l’instant sur deux autocollants, celui d’un alien le pouce tendu vers le haut, l’air de dire OK, collé sur une vitre, et un autre à deux mètres de là, où est mentionné « Have a good trip ».

— Mais qu’est-ce que tu as Peter ? Allo ? Tu es là ?
— Oui quoi ?
— Je sais pas, tu as l’air ailleurs. Je te parle, tu ne m’écoutes pas.
— Mais si, je suis fatigué c’est tout. Tu as vu une femme qui rôdait près de la voiture pendant que j’étais à l’intérieur ?
— Qui ? Pendant que tu prenais les boissons ?
— Oui.
— Non, je n’ai vu personne.
— Et le chien ? Tu bloquais sur lui et tu sais pas où il est parti ?
— Quoi ? Tu vas pas me faire chier encore comme ça toute la journée gros con ? Tu ne peux pas en profiter ? lui lance June, soudainement transformée et agressive, d’un timbre de voix qui ne lui ressemble pas.

Là, et c’est le moins que l’on puisse dire, le comportement de June et la situation commencent à sérieusement inquiéter Peter. C’est comme si quelqu’un venait de parler au travers d’elle.
Il reste interdit, incrédule face à ce que June vient de lui lâcher, a ce feeling que ce n’est plus elle qu’il a en face de lui. Elle lui ressemble certes, c’est bien elle, mais jamais la June qu’il connait, ne lui aurait dit telle chose, elle qui est douce, gentille, qui ne s’énerve que très peu, qui garde toujours une réserve en toute circonstance et du fait de son éducation.
À vrai dire, Peter eut cette impression dès qu’il la rejoignit, avant même qu’ils ne se mettent à discuter, qu’elle avait été remplacée, que ce n’était plus elle. Il ne l’assimilait pas pour autant à la femme en short qu’il avait aperçue précédemment, mais il sentait que quelque chose s’était passé, pour la June qu’il aimait et qu’elle avait disparu.
Sur sa réserve, mourant pour autant d’envie de lui lancer un « Tu es qui toi ? C’est à moi que tu parles ? », Peter reprit assez rapidement ses esprits pour tenter d’y voir clair.

— On se calme. Ça va June ?
— Bah oui ? Mais qu’est-ce que tu as ?

« Je me trompe, c’est elle », songe alors Peter.

— Tu es devenue hyper agressive là... ?
— Carrément pas ! Je te demandais ce que tu avais...
— Laisse tomber... On va y aller ? Tu veux ? Tu as fini ton coca ?
— Oui c’est bon, on y va si tu veux.
— OK, let’s go. On fait le plein et on y va.

Peu de temps après, Peter attend de nouveau dans la station pour payer, que le pompiste ait terminé, il voit June attendre près de la voiture dans la même position que la femme en short, soudain elle se retourne et lui fait coucou.
« Non, mais je rêve, il se passe quoi là ? » songe-t-il alors.
Le songe est de courte durée, un fracas et une odeur pestilentielle attirent derrière son attention, cela semble venir des toilettes.
Intrigué, Peter pousse la porte pour voir ce qui s’y passe.
« Ah putain ! » ne peut-il s’empêcher de s’exclamer à voix haute, se retournant pour échapper à la vision improbable de ce qu’il y découvre.
Une carcasse de chien git au sol, des centaines de mouches sont également présentes se délectant de cette offrande inespérée, au mur sont présents des tags satanistes et néonazis, un hippopotame notamment avec mentionné « Behemot talking to you, your future», ainsi que « Hitler is still alive, he will go back », « In Army we believe » (« Béhémot qui vous parle, votre futur », « Hitler est encore vivant, il va revenir », « Nous croyons en l’armée »).
Peter referme la porte aussi sec tandis que le pompiste refait son apparition.

— Non ! Les toilettes ne sont pas accessibles ! Ils sont en cours de réfection.
— Oui je vois ça ! Il s’est passé quoi là-dedans ?
— Des petits cons crânes rasés, habillés en treillis ont tout saccagé hier, je vous raconte pas. Ils ont profité que j’avais le dos tourné.
— Ah ? Vous allez appelé les flics ?
— Pfft... ils s’en foutent ! Oui je les ai appelés, mais ils ne sont toujours pas passés.
— Il y a un chien mort aussi !
— Ouais je sais ! Je sais pas qu’ils ont foutu là-dedans, un chien sauvage.
— C’était quoi ? des néonazis ?
— Ouais ou des militaires en permission j’en sais rien, y’a une base pas loin. Ils viennent souvent foutre le bordel, ils se croient tout permis.
— Arf.
— Ouais. À qui le dites-vous !

Peter prend congé quelque temps plus tard pour rejoindre June qui a pris place dans la voiture.
Le chien étrange a réapparu, il est là, cette fois-ci non loin du pickup, immobile, dévisageant de nouveau Peter.
« Tu vas bien toi ? » lui lance Peter, tentant par la même occasion de lui extirper une quelconque réaction.
Le chien ne réagit toujours pas, si, il tourne lentement la tête vers la station avant de le fixer de nouveau.

— Ça va ? lui demande June alors que Peter s’installe au volant.
— Oui, on se casse d’ici !
— Hé tu as vu ? Regarde ! Le chien est revenu ! Il nous regarde.
— On se casse !

Alors que le pickup s’éloigne rapidement de la station essence, l’endroit qu’ils viennent de quitter prend ou reprend, allons savoir, une toute autre forme, tel un mirage qui se dessinerait à mesure qu’ils quittent les lieux.
Les abords de la pompe à essence ont fait place à des barbelés délimitant une zone militarisée, la table de camping et les sièges sont devenus des pneus entassés sur des sacs de sable, un militaire armé fait le planton à l’entrée de la zone devant une cahute de fortune.
Est-ce là le résultat de la chaleur accablante qui irradie la zone ?
Rien ne saurait le déterminer avec certitude, Peter et June en tout état de cause, ne le remarquent pas et poursuivent leur périple.

Inde – New Dehli – 1977 – quelques mois plus tard>

Sanjay sonne à l’interphone de son hôte, finalement il est venu accompagné de son épouse, il a réussi à la convaincre, elle qui souhaite lui laisser autonomie et liberté dans ses activités, pour ne pas mêler leur vie privée à ce qu’elle qualifie fréquemment de « joyeux chaos » dont elle se passerait bien.

— Oui ?
— Oui bonsoir, Sanjay Sherma et son épouse.
— Oui ! Entrez ! Troisième étage, porte de gauche, répond une voix, conviviale.

Alors que le ding de la porte d’entrée retentit et que le couple pénètre dans l’entrée, Sanjay note une boucle d’oreille assez large posée sur le haut des boites aux lettres et entend des miaulements effarouchés provenant de la rue, probablement issus de chats qui se battent pour un maigre festin ou une quelconque conquête.
Carma regarde son mari muette, Sanjay acquiesce en fermant les yeux.

— Monsieur Sharma ! Bienvenue ! Ah je suis heureux que vous soyez des nôtres ce soir ! Entrez, je vous en prie. Madame Sharma, bonsoir, enchanté ! Entrez, entrez, lance le diplomate quelques instants plus tard.

L’appartement qu’ils découvrent est assez luxueux, leur hôte, semblerait-il, a beaucoup voyagé, des défenses d’éléphant prônent impudentes dans l’entrée, près d’un porte-parapluie, ce qui rebute immédiatement Carma, une peau de bête est aussi disposée au sol en guise de tapis, et des statues, des vases de diverses origines laissent à penser à des séjours en Asie.

— Entrez, entrez, nous allons passer au salon, mon épouse ne va pas tarder à nous rejoindre.
— Merci, répond poliment Sanjay.

La décoration du salon achève Carma, qui se dit alors qu’elle n’aurait définitivement pas dû se joindre à son mari. Une tête de lion empaillé trône sur l’un de ses murs, à côté d’un fusil de chasse, lui aussi exhibé en guise de trophée funeste.
Sanjay, plus ouvert aux différences culturelles, y voyant là aussi un signe, reste toutefois sur ses gardes comme son épouse, en raison de l’aspect martial de l’environnement.

— Ah ! Je suis vraiment enchanté de vous recevoir ! s’exclame Steven Hallmark prenant sur ses aises sur un fauteuil en cuir confortable.
— Nous également, répond Sanjay plus mal à l’aise.
— Si vous saviez le mal que j’ai eu à vous contacter ! Mais... avant tout, je parle, je parle, mais que prendrez-vous ? Un whisky vous conviendrait Sanjay ?
— Et vous madame ? de l’alcool ? un soda ?
— Un verre d’eau sera parfait.
— Oui bien entendu ! Deux whiskies et un verre d’eau ! Et demandez à madame ce qu’elle prendra ! s’exclame l’hôte en claquant des mains à destination de l’un des domestiques indiens posté non loin de là, un géant de pas loin de deux mètres, équipé d’un turban. Mon épouse va nous rejoindre, elle est en cuisine, nous rencontrons malheureusement quelques soucis avec notre personnel local, elle surveille le tout, dira-t-on...
— Ah...
— Oui, enfin passons, relance Steven Hallmark, se rendant compte de la gêne qu’il vient d’occasionner.

La soirée se poursuivit alors tranquillement, dans une atmosphère moins pesante, Sanjay et Carma s’apaisèrent à vrai dire quand Madame Hallmark les rejoignit, une femme délicate, plein d’en-train, beaucoup plus sensible que son mari aux détails, à ses invités, plus empathique.
Ils découvrirent par la même occasion que Steven Hallmark sous un autre jour, il s’agissait en fait là d’un homme sympathique, certes gauche et quelque part sans manières, mais c’était là et sans équivoque, quelqu’un de respectable.
Alors que le repas se terminait et que rien encore n’avait été demandé à Sanjay, Steven lui proposa de passer au salon, afin de siroter un digestif, en marge de leurs épouses, ce qu’il accepta tout en comprenant que son hôte allait enfin lui révéler la raison de son approche.

— Très bonne eau-de-vie, n’est-ce pas ?
— Oui effectivement.
— C’est un cognac français, que certains de mes amis m’ont ramené d’un voyage en France. Ah, si vous saviez en revanche, les tensions que nous rencontrons avec les Russes et les Chinois.
— Ah bon ?
— Oui enfin passons, on ne peut pas dire que cela vous concerne... Je ne vous ai pas fait venir pour cette raison d’autre part, vous vous en doutez bien. Je vais en venir si vous le voulez bien à la raison de mon approche. Hamsa, que nous connaissons tout deux, m’a donc conseillé de vous solliciter. Et j’irai maintenant droit au but, avez-vous déjà entendu parler de sosies malfaisants ?
— Hum... Il est dit que nous avons tous un jumeau sur cette Terre, ce côté malfaisant n’est pas forcément évident, ce que je vous répondrais à brule-pourpoint et compte tenu de mes connaissances actuelles.
— Vous m’en excuserez, je ne peux vous donner le contexte exact inhérent à ma demande.
— Pas de soucis.
— Mais je vous laisse poursuivre, excusez-moi...
— Je pense pour poursuivre dans mon appréciation qu’un individu qui a une vie normale n’est pas soumis à ces démons.
— Donc, ce sont bien là des êtres malfaisants ?
— Intrinsèquement non, pour moi c’est le fait de les voir qui constitue en soi une approche de démons. Cela ne devrait pas survenir.
— Entendu... enfin ce que vous qualifiez de « démons », serait l’œuvre de quel mal ? Cela toucherait qui ? Et dans quelles conditions ?
— Difficile à dire... pour moi, seuls des êtres privés de vie, isolés, qui peuvent alors être soumis aux démons, peuvent être concernés.
— Très bien... j’essaie de vous comprendre... je résume... nous aurions tous un « jumeau » dans ce monde, appelons-le ainsi, et la vie ferait en sorte que nous ne puissions jamais le rencontrer, mais sous certaines conditions, certains cas « isolés » en feraient l’expérience ?
— C’est bien cela.
— Entendu... lance alors Wallmark, songeur et quelque peu critique dans son intonation, semblant envisager son interlocuteur sous un autre regard.
— Vous, moi, nos épouses en ont probablement un quelque part...
— Certes, certes... donc dans votre hypothèse, l’un ne serait pas forcément synonyme de bien et l’autre de mal ?
— Non... quand ils se croisent potentiellement.
— Entendu... Et qu’en est-il de personnes qui croiseraient non pas leurs sosies, mais des sosies de personnes de leur entourage ?
— Ils deviendraient potentiellement mauvais et dans vos références... mais encore une fois, tout cela relève d’hypothèses, je n’ai pas vécu ce type d’expériences directement.
— Ah oui... ? Vous avez peut-être raison, Sanjay Sharma... conclut alors Wallmark, d’un regard noir.
— Je... Où est mon épouse ? Je pense qu’il est temps que je la rejoigne, répond alors Sarjay, inquiet, ressentant un changement plus qu’inquiétant dans le comportement de son interlocuteur.
— Elle est de bonnes mains Sajay Sharma, ne vous inquiétez pas. Poursuivons cette discussion si vous le voulez bien... Enfin, si vous ne vous sentez pas trop fatigué...
— Je... qu’avez-vous fait ?
— Penthotal, cela va vous aider à vous détendre et à me donner les réponses que j’attends.
— Je...
— Connaissez-vous Peter Wallson ?
— Non... répond Sarjay vaseux.
— Êtes-vous Peter Wallson... ?
— Non...
— Vous vous trompez, vous êtes Peter Wallson... poursuit Wallmark monocorde.
— Je suis...
— Vous êtes Peter Wallson.
— Non, je ne suis pas...
— Qui êtes-vous ?
— Je suis... Peter Wallson.
— Parfait, et que fait Peter Wallson ?
— Je ne sais pas...
— Peter Wallson écoute ce qu’on lui dit... est-ce bien entendu ?
— Peter Wallson écoute ce qu’on lui dit.
— Très bien... vous allez vous réveiller demain matin chez vous, avec votre épouse et vous ne souviendrez pas de cette soirée, répétez.
— Je... je vais me réveiller demain matin chez moi avec mon épouse et je ne me souviendrai pas de cette soirée.
— Parfait Sarjay Sharma.
— Je suis...
— Endormez-vous maintenant.

Espagne - 2022

L’un des scientifiques ayant mené l’étude se rend au commissariat de son quartier. Il est actuellement en arrêt de maladie.
Des hommes étranges depuis plus d’une semaine, sont postés devant son domicile.
Pour une raison inconnue et d’autre part, sa voiture, celle avec laquelle il se rend habituellement à son travail, a commencé à dégager par les systèmes d’aération des odeurs pestilentielles, et ce, depuis le début de ses travaux. Il l’a bien amené au nettoyage, mais les effluves sont persistants.
Enfin, des chiens sont également toujours en faction, non loin des inconnus, à chaque fois qu’il prend son véhicule. Il ne compte pas révéler ce dernier point pour des questions évidentes de cohérence, mais c’est ce qui l’inquiète le plus. Leur aspect est étrange et il s’agit toujours des mêmes chiens, et où qu’il soit, des chiens au pelage court, des chiens sauvages, qui ne semblent pas dressés pour être là, mais qui semblent pour autant être reliés aux intrus. Ils restent immobiles, comme sans vie et le regardent, à l’instar des indésirables.
Enfin, dernier point et non des moindres, il a croisé ces derniers temps, des sosies de personnes de son entourage, ce qui a motivé son arrêt de maladie et qui le convainc aujourd’hui, et le tout faisant, à déposer plainte.
C’est là pour lui les actions potentielles d’une secte, et il ne compte pas se laisser intimider aussi facilement.

Las Vegas - 1977

Peter et June sont de retour sur Las Vegas, après quelques jours d’escapade qui furent et finalement plus perturbants que relaxants. Ils rentrent désorientés dans une ville où ils ont emménagé il y a peu plus de six mois. Ils y ont déjà ceci dit leurs habitudes et sont donc plus que contents de rentrer, de retrouver leur chez soi, leurs repères, June pense déjà à revoir ses copines et ses amants, Peter, quant à lui, a prévu ce soir de se faire une soirée Poker dans un hôtel avec ses copains.
Leur escapade s’est poursuivie sans encombre, mais l’épisode de la station a provoqué chez eux une confusion latente, surtout chez Peter, mais également chez June, qui n’arrive pas à se rappeler de cinq bonnes minutes passées là-bas, fait qu’elle n’a pas révélé à Peter, pour ne pas l’inquiéter. Elle a mis ça sous le coup de la fatigue, Peter, plus scientifique dans ses approches de la vie, polarise sur les faits, et entend bien trouver dans tout cela une explication. Il s’y est passé quelque chose de pas catholique, il en est certain.
À peine rentrés dans leur quartier, l’un de leurs voisins vient à leur rencontre, il s’agit de quelqu’un qu’ils ont déjà côtoyé, invité chez eux plus exactement, on ne peut pas dire qu’il s’agisse là d’un ami du couple, mais d’une bonne relation de voisinage, en qui ils peuvent avoir confiance en cas de problème et réciproquement.
Il vient à eux affolé alors qu’ils sortent de leur voiture les bras encombrés de sacs de voyage.

— Tiens salut Joe !
— Mais qu’est-ce que vous faites là ? Vous êtes malades ou quoi ?
— Hein ? Bah on rentre chez nous !
— Après ce qu’il s’est passé ? Mais ils vous cherchent encore hein !
— Attends, on débarque là... De quoi tu parles ? Relance Peter.
— Écoute Peter, je vous aime bien tous les deux, mais je veux pas d’emmerdes, OK ? Je vous laisse, je vous ai prévenu. Bye.
— Mais qu’est-ce qu’il a ? interroge June.
— J’en sais rien... répond Peter plus que perplexe.
— On fait quoi ?
— On rentre chez nous, rien à foutre ! Il a dû trop picoler... On pose déjà tout ça et après on voit.
— Attends, il me fait peur, on a fait quoi ?
— Rien June, calme toi. One ne sait pas de quoi il en retourne donc chaque chose en son temps. On pose tout ça et après j’irai voir Karen, elle nous dira.
— Ouais, bah je viendrai avec toi, je veux pas rester pas seule.
— Si tu veux oui.

Karen est une autre voisine d’une soixantaine d’années, avec qui ils entretiennent moins de relations, elle est divorcée, vit seule, de temps à autre Peter l’aide à sortir ses poubelles, elle a un problème à la hanche et a des difficultés de mobilité.
Le couple ne tarde pas à comprendre qu’il s’est effectivement passé quelque chose durant leur absence, leur porte d’entrée a été fracturée et leur maison est sens dessus dessous.

— Ah d’accord ! lance Peter fataliste, découvrant le salon dans un sale état.
— Là, ça ne me fait plus du tout rire, relance June, d’un ton sec.
J’espère qu’ils n’ont pas fouillé dans mon armoire sinon je les tue.
— Quoi ? Tu vas pas me dire que tu penses, à ce moment précis, à tes culottes, avec la maison dans cet état ?
— Bah si ! C’est mon intimité, je suis désolée.
¬— Bon laisse tomber...
— Appelle les flics Peter et immédiatement !
— Euh... attends deux secondes, il faut que l’on sache ce qui s’est passé ici et pourquoi Joe nous a sorti ça.
— Tu déconnes là ?
— On est plus à dix minutes près, deux secondes.

Peter pose rapidement son sac de voyage, et fait le tour du propriétaire tout aussi rapidement, il part au premier étage, constate que toute la maison a été fouillée de fond en comble. June le suit à retardement et commence à se lamenter d’objets cassés ici et là, auxquels elle semblait tenir plus que tout.
« C’est dégueulasse ! Ils ont même cassé le vase en terre cuite que m’avait acheté ma sœur pour mon anniversaire ! ».
Une heure se passe, le couple a été voir Karen, qui, très mal à l’aise, leur apprit entre entrouvrant sa porte, qu’ils étaient recherchés pour meurtre, pour un homicide commis non loin de la Death Valley, qu’un avis de recherche était même passé sur les télés locales.
June est dans tous ces états, Peter également, après une bonne demie-heure passée dans leur voiture, ils en arrivent à la même conclusion, se manifester auprès des autorités, que tout cela devait probablement relever d’une méprise et que tout rentrerait dans l’ordre, du moins est-ce là ce que Peter ne cesse de répéter à June pour la rassurer.

Las Vegas – Commissariat local - 1977

— Où est June ?
— Votre copine va bien, répondez à nos questions. Où étiez-vous dans la journée du 13, entre 15h et 16h ?
— Je vous ai déjà dit que nous nous sommes arrêtés à une station-service, pour faire le plein et boire un pot.
— Le nom de cette station ?
— Je ne me souviens pas... elle n’avait pas de nom je pense... répond Peter fatigué et exaspéré.

Alors que l’interrogatoire bat son plein depuis quelques heures avec des enquêteurs de la ville, des gouvernementaux font leur apparition dans la pièce d’interrogatoire, ils sont deux, portent le même costume, la même cravate.

— C’est bon, nous prenons le relai, l’affaire n’est plus sous votre juridiction. Nous emmenons le prévenu, lance l’un des hommes montrant sa carte.
— Euh... ? Entendu.
— Qui êtes-vous, lance Peter inquiet.
— Deux secondes... Veuillez quitter la pièce, je vous prie, et arrêter tout enregistrement. L’affaire est classée Secret Defense.
— Je... Entendu... ça n’était pas enregistré.
— Parfait. ... OK Parfait… conclut l’un des hommes alors que les enquêteurs quittent la pièce. Bonjour Monsieur Wallson, Bob Right NSA et voici mon homologue de la FDA, qui est ici en simple observateur et pour s’assurer de la légalité de l’interrogatoire et de la procédure. Ma question est simple : qu’avez-vous vu sur les lieux ?
— De la procédure ? Je pensais qu’il s’agissait d’homicide...
— Répondez à la question.
— Rien. Pour la nième fois, tout cela doit relever d’un malentendu, nous sommes partis en week-end avec ma copine, et nous nous sommes arrêtés à une station-service où rien de particulier ne s’est passé et si c’est ce à quoi vous vous référez.
— C’est effectivement ce que à quoi je me réfère. Qui avez-vous vu sur les lieux ? Avez-vous noté quelque chose d’étrange ou de particulier ?
— ... Non, rien, décide de répondre Peter après quelques secondes de silence.
— Vous êtes sûr ?
— Oui, conclut Peter sèchement.
— Parfait, conclut également l’agent de la NSA en regardant son collègue, qui acquiesce à son tour. Nous allons vous transférer pour des mesures de sécurité, et pour votre sécurité, dans l’un de nos centres. Vous serez informé de vos droits à l’issue de la quarantaine.
— De la quarantaine ? Mais c’est ridicule...

Base souterraine inconnue – Nevada – 1977 – Quelques semaines plus tard

Peter est dans un box vitré, hagard, ne sachant toujours pas et avec exactitude, ce qu’il fait là, ni où il se trouve.
C’est l’incompréhension la plus totale dans son esprit. Il est devenu à moitié fou du fait de son isolement.
Depuis quelques semaines, il est le sujet d’expériences cognitives assez poussées, à base de lumières de couleur, et de sons. Du moins est-ce là ce qu’il pense.
Tout ce dont il se souvient, c’est de son arrivée sur les lieux, en brancard, et malgré les calmants qui lui avaient été administrés, il revoit des signalisations sur les murs, mentionnant des zones numérotées et d’un box comme le sien où il jurerait avoir aperçu un extraterrestre. Il n’a aucun contact avec qui que ce soit depuis son arrivée. Personne ne l’a interrogé, ne lui a effectué d’examens médicaux, il n’a vu personne, ses repas lui sont délivrés quotidiennement via un monte-plat présent dans le box.
Soudain, des hommes font leur apparition. Ils portent avec eux une table de camping et des chaises, qu’ils disposent devant le box, puis s’en vont immédiatement.

— Allo ? hurle Peter, alors qu’ils s’échappent. Est-ce que quelqu’un peut me dire ce que je fais là ? ALLO ?

Ayant repris ses esprits, mais comprenant qu’il n’obtiendrait aucune réponse pour le moment des hommes qui viennent de disparaître, il se met à regarder ce qui vient de lui être amené.
« Non mais ils sont fous ces mecs-là ! », ne peut-il s’empêcher de s’exclamer provocateur et à voix haute.
« Je rêve ! » poursuit-il.
Peter vient de reconnaitre le mobilier de fortune de la station essence, le bas de l’un des pieds de la table était entaillé, aucun doute, c’est bien la même table, les mêmes chaises.
Soudain, les abords d’un second box s’allument à une trentaine de mètres, Peter ne peut pas encore distinguer avec exactitude ce qui s’y trouve, y aurait-il quelqu’un d’autre comme lui de présent ?
Craintif et sonné, il se décide après quelques instants, à interroger l’inconnu.

— Allo ? Il y a quelqu’un ? scande-t-il alors. « Il peut pas m’entendre », poursuit-il dans un monologue en tapant sur le Plexiglas du box.
— Allo ? Il y a quelqu’un en face ? relance-t-il.

Quelque chose se manifeste alors du box opposé, une forme, humanoïde, de petite taille, surgit de l’ombre et le regarde, immobile, sans émettre quelconque son ou signe corporel. L’être, qui n’est pas et de toute évidence humain, le regarde, l’envisage.
Peter est terrorisé, et pas exclusivement du fait de ce qu’il voit, il sent maintenant une présence oppressante, ce qu’il ne ressentait pas auparavant et durant ces longues semaines, comme si l’alien venait d’arriver à l’instant dans le box opposé.
Il décide de se réfugier au fond de son box, de s’y assoir et de détourner le regard.
Au bout de quelques minutes, il regarde à nouveau en face, l’être est toujours immobile en train de le dévisager.
« Je vais me réveiller, je vais me réveiller », chuchote alors Peter, maniaque.

Conclusion sur l’épisode de vie Wallson-Sharma

Le court épisode de vie que nous venons ici de découvrir concernant Peter Wallson et Sanjay Sharma, repose ainsi sur le mythe et les fantasmes qu’ont créé depuis tout temps les Doppelgänger, l’apparition de ces doubles de personnes vivantes, reconnaissables pour autant comme n’étant pas les originaux, qui stricto sensu, seraient des génies inverses, malfaisants, porteurs de morts et de malheur, présents et identifiés depuis très longtemps et en réalité, dans la mythologie germanique.
Le sujet reste un sujet tabou et empreint de méfiance et de paranoïa dans nos sociétés modernes.
Est-ce que la simple vision d’un sosie fait du sosie perçu un Doppelgänger ?
Est-ce qu’un Doppelgänger ne serait pas l’émanation de quelconque démon se manifestant aux esprits faibles ou esprits morts ?
Ne seraient-ils pas l’action d’êtres extraterrestres, prenant des formes amies pour se rapprocher de nous, comme l’a vécu Peter Wallson ?
À chacun son interprétation, toujours est-il que le récit Wallson-Sharma nous suggère une chose : ils existent bel et bien et leur apparition n’est jamais sans conséquences.